Home / INTERVIEWS / Bill de Sam : « Je ne quitte pas la musique… »

Bill de Sam : « Je ne quitte pas la musique… »

Alpha Soumah alias « Bill De Sam » fut l’un des pères fondateurs du mouvement Hip-hop guinéen. Depuis plus de 10 ans, pas d’albums, pas de concerts. Nous l’avons rencontré quelque part à Conakry, bien portant. Lisez notre entretien!

Slt Bill! Comment ça va ?

Oui Dieu merci, je me porte très bien.

On ne vous voit plus scène, pas d’albums et cela fait plusieurs années. Quelles sont vos nouvelles?

Je suis là, je me suis installé en Guinée depuis 2010, je mène pas mal d’activités ainsi qu’à l’étranger. C’est vrai qu’on me voit de moins en moins, mais cela ne m’empêche pas souvent de participer à des projets artistiques avec des jeunes que je connais dans le milieu.

Je travaille actuellement à la société Guicopres en qualité de Gestionnaire Web et Contenus Multimédias. Donc, c’est ça mon activité principale en Guinée. Je fait aussi d’autres activités, je suis consultant en tout ce qui est Communication Touristique. Je travaille avec les agences de voyage et l’office du tourisme.

Malgré votre occupation, est-ce qu’on peut encore s’attendre à un éventuel retour sur scène de Bill de Sam?  

Je ne quitte pas la musique et la musique ne me quittera pas non plus

En matière de musique rien n’est exclu. Je ne quitte pas la musique et la musique ne me quittera pas non plus. C’est-à-dire qu’on est tout le temps dans cette ambiance de  toujours vouloir se faire voir aux yeux de son public. Parce que les gens m’adorent donc, il faut que je fasse tout le temps acte de présence mais en même temps, je suis tiraillé entre mes activités professionnelles et la musique. Pour ceux qui me connaissent bien, j’ai toujours jumelé deux activités. J’ai toujours été à l’école et faire la musique. J’ai toujours fais la même chose dans ma vie professionnelle.

Musicalement, avez-vous des projets sous la main?

Oui! Même si je ne fais pas d’albums en ce moment, mais je suis dans des projets qui pourraient bientôt aboutir. Notamment, fêter les 20 ans de du Hip-hop guinéen avec Abraham de Guinée Music Awards. On est en train de travailler sur ce projet-là. Histoire de revenir sur tout ce qui a été du Hip-hop en Guinée depuis ses débuts avec les initiateurs que nous sommes et la jeune génération. Voir ce qui a marché et ce qui n’a pas marché éventuellement. On organisera des conférences, des débats des tables rondes, des concerts. Éventuellement, sortir aussi un album qui résume un peu, ce qu’on appelle l’anthologie du Hip-hop guinéen.

Quel est votre regard sur la nouvelle génération de la musique urbaine guinéenne dont vous êtes les pères fondateurs?

Je prend mon temps parfois d’écouter quelques uns. Parce qu’il y a trop de choses à écouter. ça promet quand même avec cette nouvelle génération. Il ya beaucoup de moments de flottement cela est dû du fait que les anciens, les précurseurs ont quitté même si certains ont voulu rester au pays pour faire d’autres activités que la musique. Parce qu’il faut reconnaître que vivre exclusivement de la musique en Guinée, n’est pas aisé car, les droits ne sont pas payés correctement, il faut attendre un concert pour pouvoir payer son loyer et beaucoup ne se plaisent pas dans cette situation notamment moi. Donc, j’encourage ceux qui vivent exclusivement de la musique. Je dis chapeau,  parce que c’est pas évident quoi.

Vous avez parler de cette nouvelle génération qui se bat beaucoup sauf que vous n’avez parlé de leurs insuffisances ?

Il y a eu un écart énorme entre l’esprit Hip-hop tel que nous on l’avait défini à travers le rap Kpoulet et le rap qui existe aujourd’hui.

Alors, je suis peut-être mal placé pour les juger, vu que moi-même, je suis un peu en retrait. Mais, ce que je constate, y a eu un écart énorme entre l’esprit Hip-hop tel que nous on l’avait défini à travers le rap Kpoulet et le rap qui existe aujourd’hui. C’est-à-dire, quand j’écoute actuellement le Hip-hop guinéen à part quelques uns, j’ai l’impression que ces jeunes artistes sont retournés en arrière et ils ont commencé là où on avait commencé. Mais la différence est que nous, on s’est battu pour qu’il y ait Hip-hop en guinéen ou le rap en guinéen. Cela, avec nos valeurs, nos cultures. Alors, c’est tout ça que la nouvelle génération a délaissé au profit des beats étrangers, les face B. Ils chantent sur des riddims que nous avons abandonné au profit de de la création.

N’est-ce pas cela est dû à un manque de repère?

Justement! C’est lié à un problème de relais. Il n’y a pas eu de suivi, presque tous les aînés ont quitté le pays. Et donc, la génération d’après, est née dans ce méli-mélo de sons et ils ont pu faire ce qu’ils peuvent. Quand tu écoutes Albert Keckson, c’est bien, c’est un excellent rappeur mais, il faudrait qu’il soit auprès des rappeur un peu comme, Phadouba (l’un des premiers rappeurs en Guinée  NDR) qui est entrain d’ailleurs de préparer une tuerie qui va franchement défrayer la chronique. Parce que c’est exactement ça, l’esprit hip pop guinéen, revenir à la source.

Qu’est ce qu’il faut alors pour rappeler ces jeunes à l’ordre, histoire de sauver le rap guinéen?

C’est la raison pour laquelle, on veut organiser une grande rencontre pour les 20 ans du Hip hop en Guinée. Ça sera une occasion de faire le compte rendu fidèle de ce que nous, on a fait éventuellement. Nous allons interpeller certains jeunes qui veulent bien travailler sur des ateliers. C’est un moyen de les montrer qu’il y a d’autres chemins que de se faire passer pour un rappeur français, ou un rappeur américain. Parce que ça ne va nulle part en fait.

Est-ce que c’est pour toutes ces raisons que la musique guinéenne peinent à se vendre ailleurs?

Bien sûr! Entre 1995-1997, quand je sortais mon album,  l’Etat semble être réellement impliqué dans le processus. Il était intéressé. C’est vrai qu’on était pas sponsorisé par le ministère de la culture, mais, moi je me rappelle que ma dédicace était sponsorisée par le ministère de la jeunesse à l’époque avec ma productrice Rougui Baldé. Ça veut dire que quand c’était positif, les autorités s’intéressaient. Surtout, quand c’est un rap qui parle aux guinéens de 7 à 77 ans. Aujourd’hui, avec l’arrivé d’un nouveau ministre, qui est un ami, je pense qu’il va avoir cette lumière d’esprit d’orienter la musique urbaine vers là où elle doit aller. Il s’agit de prendre des dispositions nécessaires pour qu’on sache que le rap guinéen en tant que tel, appartient  à notre  patrimoine. C’est-à-dire, i il faut qu’on s’approprie ce rap là, il y a eu beaucoup qui ont lutté pour sortir  un rap purement Guinéen. Alors, ce rap là, on doit le considérer et réorienter les jeunes vers cette direction.

Le ministère de la culture doit organiser des rencontres, financer éventuellement avec les partenaires privés, des ateliers. Mettre en place, une politique d’orientation vers les identités culturelles.

Il y a beaucoup de banabana (commerçants NDLR)  dans la production. Les producteurs et les managers doivent se recycler ou alors se former.

Ensuite, y a beaucoup de banabana (commerçants NDLR)  dans la production. Les producteurs et les managers doivent se recycler ou alors se former. Et puis, les circuits de distribution devraient être des circuits propres pas de circuits de tablier. Il faut qu’il ait des circuits de vrais distributions avec des stratégies de vente.

Votre meilleur souvenir dans la musique?

C’est le moment que j’ai passé avec mon manager Franc Stanislas Ngueta, un ivoirien qui vit actuellement aux Etats-unis à Washington. Je pense que c’est grâce à lui, si j’ai pu à un moment donné, avoir de bien m’inscrire dans la promotion de mon premier album, de comprendre que le travail paye. Il était correct, il me négociait des bon contrats, il m’entourait, on logeait ensemble, on payaient le loyer,… Aujourd’hui, ce genre de manager,  on peut même pas trouver en Guinée.

Quel est l’artiste que vous écoutez de mieux en Guinée ?

Actuellement, y a Soul Bangs en matière de R&B. Sinon en reggae, c’est Takana Zion bien sûr.

Avant de finir cet entretien, pouvez-vous revenir sur votre discographie ?

J’ai sorti trois albums notamment,« Sogolon » en 1996, « Chemin d’Exil » en 1999 et quelques temps après j’ai sorti le troisième « Simiti ».

[vsw id= »X5V1DqmaeSY » source= »youtube » width= »600″ height= »344″ autoplay= »no »]

La musique et la scène vous manquent certainement.

(Rire) Oui, dès fois, parce que c’est des moments de communion, de joie. ça me manque souvent mais, c’est compensé par des rencontres que j’ai avec les jeunes artistes, des conseils que je prodigue par-ci par-là. Et  puis, on reste dans les circuits quoi. Voilà!

D’ailleurs, je profite de votre micro, pour dire bonjour à tous ceux qui ont aimé ma musique et qui continue à l’aimer, à l’écouter. Tous ceux qui souhaitent que je revienne, je les promets qu’ont sera là encore ensemble à revenir sur le passé et à avancer ensemble.

Ok merci Bill

C’est moi qui vous remercie

Propos recueillis par Syta Camara, notre Correspondant à Conakry

www.afroguinee.com

A propos Fode Sita Camara

Journaliste reporter. Rédacteur en chef à ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

Vérifier aussi

[Petit tour dans nos archives] Interview exclusive avec BLZ…

Nous sommes tombés sur un élément rèvèlateur dans nos archives concernant le duo Marcus et …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *