Black M fait danser les diables et les dieux parisiens

Fode Sita Camara 4 décembre 2017 0
Black M fait danser les diables et les dieux parisiens




Le chanteur-rappeur a cloué le bec de ses détracteurs et donné un concert « feel good » à Bercy, samedi. Un cocktail bien dosé de rap et de pop.

Élèves de primaire, collégiens, adolescents… Accompagnés de leurs amis, parents ou grands-parents, ils étaient très nombreux, samedi soir, pour écouter et voir leur idole au palais omnisports de Bercy (également appelé AccorHotels Arena), à Paris. En guise de préambule, un dessin animé est projeté. Il décrit l’arrivée et l’atterrissage forcé de Black M sur la Terre. Dans un déluge de fumigènes et d’applaudissements, le voilà qui débarque sur scène, casquette sur la tête et micro doré entre les mains. Un premier frisson parcourt la foule.

D’emblée, la star fait savoir qu’il faudra bouger, hurler, taper du pied ce soir. Et elle le fait comprendre avec une vieille rengaine d’ancien élève raillant son ancienne proviseure : Madame Pavoshko. « J’fais des hits, madame Pavoshko / Et vos gosses me kiffent, Madame Pavoshko ». Les gradins et l’orchestre de Bercy tremblent au gré des sauts des spectateurs. Si les enfants kiffent, certains parents et grands-parents aussi : ils se lèvent et frappent dans leurs mains. Black M met déjà le fire (feu).

Succession de clashs et battles

Pour embraser tout le monde, il dégaine un stratagème venant de l’univers hip-hop et raggamuffin : le « clash », la « battle », bref la lutte entre deux personnes (lui et un invité) ou deux parties du public. Black M divise la salle en deux, côté droit et gauche, et teste le meilleur à coup de refrains de La Légende black : « nanananananana ! » Tout le monde est debout. Démonstration :

En parfait Monsieur Loyal, le rappeur souhaite à tous de passer une « bonne soirée ». Près de lui, six danseuses se déguisent en Égyptiennes, joueuses de basket ou majorettes, se meuvent et s’époumonent sur des rythmes endiablés. Quelle pêche ! Quelle énergie ! Même sur le romantique Frenck Kiss, tout le monde reprend en chœur « Je l’aime à la folie, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout, pas du tout. » Tout le monde connaît déjà les titres solos de l’ancien membre de Sexion d’assaut. En 2014, son premier album Les Yeux plus gros que le monde, écoulé à 500 000 exemplaires avec notamment le hit Sur ma route (plus 160 millions de vues sur YouTube), était certifié disque de diamant. Éternel insatisfait, sorti en octobre 2016, est déjà double disque de platine (plus de 200 000 exemplaires), avec notamment Comme moi, un duo avec Shakira. Et ce n’est pas fini, car la réédition augmentée de plusieurs chansons d’Éternel insatisfait, sortie le 17 novembre 2017, cartonne avec les hits Tic Tac et La Mort dans le Stream.

On se fait mal, Je garde le sourire… à Bercy, on danse, on chante avant l’une des multiples surprises du jour : l’arrivée de Soprano qui fait exploser la salle. Ensemble, les deux potes, le Parisien et le Marseillais, entonnent Frérot. L’hystérie augmente avec les autres VIP de ce concert qui conclut presque l’Éternel Big Black Tour (il restent trois dates) : Sofiane, pour Mort dans le Stream, le DJ Hcue qui surgit du public, Fianso… Les clashs d’applaudimètre et autres battles de danse s’enchaînent parmi la foule en délire. Le clou de ces duels vient de deux spectateurs hauts comme trois pommes accueillis sur la scène. Un garçon d’à peine six ans, Adam, et une fille, Neïssa, s’affrontent dans un clash « trop mignon », ambiance Bisounours pas contents. La petite était montée sur scène lors d’un concert précédent :

« Franchement j’ai fait énormément de concerts partout dans le monde j’ai souvent fait monter des gens sur scène et c’est pas fini… mais elle !!!! C’est la numéro 1 de toutes mes dates confondues j’ai nommé #neïssa 😍😍😍😍😍😍😍😍😍😍😍😍😍😍😍😍 », a t-il tweeté.

L’hymne « Je suis français »

Moment fort, car politique : Je suis chez moi qui débute à coup de soufflet d’accordéon. Un petit film plante la polémique. En 2016, des cadres du Front national, dont l’ex-président Florian Philippot, ne veulent pas que Black M, né en France, mais d’origine guinéenne, chante pour le centenaire de la bataille de Verdun. On critique la musique d’Alpha Diallo, son vrai nom. Un flot de publications racistes inonde Twitter. La musique du rappeur serait-elle nocive pour les enfants et les adolescents ? Le concert sera annulé. Dire que son grand-père guinéen a servi au sein du 14e régiment de tirailleurs sénégalais lors de la Seconde Guerre mondiale…

Face aux critiques, le chanteur répond avec douceur, bonne humeur et zouk-accordéon. Il déclare son amour à la France avec un refrain entraînant : « je suis Français ». Dans la salle, un drapeau bleu-blanc-rouge flotte sur l’écran géant, deux autres sont agités par les danseuses. « Je suis français / Ils veulent pas que Marianne soit ma fiancée / Peut-être parce qu’ils me trouvent trop foncé / Laisse-moi juste l’inviter à danser / J’vais l’ambiancer / Je suis français ». L’hymne est repris avec fougue.

À la sortie de Bercy, dans le froid glacial parisien, les cernes pointent sous les yeux des jeunes spectateurs. Casquette noire au logo doré du label du chanteur « Watti B », Malik, venu pour son anniversaire de 8 ans, glisse : « J’ai beaucoup aimé l’ambiance, les clashs et les invités, surtout Soprano. » Sa seule déception, n’avoir pas vu « en vrai » l’humoriste Kev Adams, présent seulement en vidéo pour le tube Le Prince Aladdin, musique du film de la comédie Les Nouvelles Aventures d’Aladdin. Qu’on aime ou pas cette musique qui va du rap classique au pop-rap FM, en passant par le R&B, le zouk ou la tchatche sur des beats basiques, l’homme est avant tout un « ambianceur », un animateur à la festivité contagieuse. À Paris, Black M a réussi un exploit : allumer le feu, et faire danser les diables et les dieux.

LePoint



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