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En quête de « Free sons » avec Faada Freddy

Avant la sortie prochaine de son album, prévu début 2015, Faada Freddy tourne en France avec son EP, Untitled. Africultures l’a rencontré dans l’écrin inspirant des Arènes antiques de Arles cet été. L’artiste, co-fondateur du collectif de hip-hop Daara-J, est aux Francophonies métissées ce 3 octobre 2014 à Paris.

Son EP sorti en avril dernier fait un tabac sur la toile. Cette production astucieusement nommée Untitled et soutenue par le label Think Zik présente quatre chansons réussies dont la singularité est que les seuls instruments joués sont des voix et des percussions corporelles. Faada Freddy, co-fondateur du collectif dakarois Daara-J connu des amateurs de hip-hop, était ce 23 juillet 2014 à Arles. Accompagné souvent d’une sarabande de choristes, il se présentait seul en scène avec sa guitare. Rencontre en toute simplicité avec l’artiste

Du hip-hop/reggae de Daara J à ce nouveau projet résolument soul & gospel, on imagine que ton parcours fut riche de découvertes. Nous raconterais-tu une étape marquante de ton itinéraire ?

Je vis, avec Untitled, une expérience nouvelle et différente mais tout aussi merveilleuse. Elle est faite de rencontres nourrissantes, comme pour me confirmer que chaque rêve est possible… Un soir par exemple, j’étais invité à un concert par ma maison de disque. Celui de Bobby Mc Ferrin. D’un coup, il m’a tendu le micro pour m’inviter sur scène. J’étais dans le public et je me suis retrouvé à chanter avec lui simplement. J’ai partagé ce genre de moment fort avec Bernard Lavilliers également.

Il semblerait que par certains aspects vous ayez une démarche similaire avec Bobby Mc Ferrin, quelque chose autour de la recherche d’une matière sonore ou vocale?

Je le disais justement à Bobby Mc Ferrin : j’ ai ressenti son influence dans ce projet comme si un esprit invisible m’accompagnait. J’étais alors très heureux de le rencontrer. Il y a eu bien sûr d’autres échanges forts et fraternels avec Imany ou encore Keziah Jones. Jammer (1) et partager des choses avec ce type d’artistes, c’est un kif ! J’amène aussi dans ce projet une énergie hip-hop à travers les percussions corporelles. Si la base est bien sûr soul, la touche hip-hop est toujours là.

« Daara » faisait référence à l’école coranique où tu as fait tes classes au Sénégal. Y a-t-il un lien entre les chants baye fall et le gospel ? 

Oui, il y a un rapport entre les chants soufis, le gospel chrétien et les prières que font les juifs en oscillant de la tête. C’est l’idée d’une transe spirituelle qui guide ce projet musical. Quand je parle de « Gospel Journey« , il s’agit bien d’une transe spirituelle. Ce gospel-là est universel. Cette musique crée une unicité dans la diversité. Quand le public fait les chœurs, par exemple, on ne distingue alors plus qui est Noir de qui est Blanc, qui est pour Israël ou pour la Palestine. On ne distingue qu’une seule voix et c’est ce qui compte. Le reste n’est pas important, moi je ne suis pas important. Je suis un canal de diffusion pour que cette activité puisse se faire sans que les gens ne se posent mille questions.

Quand Didier Awadi, autre routard des « musiques actuelles » made in Galsen (2), exprime son credo panafricaniste et son engagement politique, tu sembles prendre un chemin sensiblement différent. Comment te situes tu ?

Je crois que même si on se dit apolitique, on a tous un « effet politique » et non politicien. Qui parle de politique, parle d’organisation. Les musiciens contribuent à l’ organisation sociale s’ils ont un message conscient. C’est ce que nous avons fait, avec Daara J, dans les années 2000 en disant aux gens de voter s’ils voulaient un changement face à un régime présent depuis plus de trente ans. C’est ma manière de lutter : je ne crois pas en la violence pour résoudre les problèmes mais en la conscience collective et en l’investissement humain. Un réveil collectif peut brider la corruption qui est une des maladies les plus graves en Afrique. On parle du Nigéria mais on peut parler du Sénégal, de la France, etc.. On retrouve partout des lutteurs qui savent que le combat n’est jamais fini car ceux qui souhaitent nous diviser ne dorment jamais. Prenons du recul, surtout par rapport à la mondialisation, gardons notre liberté, une liberté de penser. Les parents par exemple peuvent transmettre des valeurs autres que celle de l’école ou des médias. La famille doit retrouver sa liberté. Ici on te dit comment éduquer ton enfant et si tu ne suis pas le «  programme« , ils peuvent aller jusqu’à arracher ton enfant sans bien s’en occuper pour autant.

Quel est ton regard sur l’aspect économique des activités d’un musicien aujourd’hui ?

De plus en plus de musiciens jouent dans la rue pour vivre, comme c’était le cas avant. C’était l’état primaire de la musique avant que l’industrie ne débarque. Si on retourne à cet état là, cela ne sera peut être pas plus mal. Cela rendra à la musique sa dimension d’humilité. L’univers s’exprime à travers un artiste, il reçoit ce quelque chose qu’il transmet à son tour. Quand il sort de scène, il doit comprendre que la « transmission » est terminée, que la vie normale peut reprendre. Le  » star system  » tue la créativité et l’artiste, les étoiles sont dans le ciel pour briller… Tu nais artiste, tu meurs artiste, c’est dans l’âme, quand tu as commencé, c’est foutu ! (rires)

Une générosité transpire de tes enregistrements et de tes prestations scéniques. Où vas-tu chercher cette joie contagieuse ? Serais-tu resté un grand enfant ?

Actuellement, dans la musique, on essaye d’interdire la part d’enfance. On dit à ceux qui cultivent cette âme d’enfant qu’ils ne vont pas réussir. Mais la musique, ça n’est pas fait pour les adultes !

Michaël Jackson, Charlie Parker ce sont des enfants. Ils ont un rêve et se nourrissent de ce rêve. Je parle d’un « enfant » qui peut avoir des responsabilités et les assumer mieux que des « adultes ». Il suffit de voir ce que les adultes font dans la bande de Gaza…

Être « adulte » aujourd’hui, c’est prendre des décisions draconiennes qui ne font pas le bien commun tout en se prenant au sérieux. Si c’est ça être adulte, je ne souhaite pas grandir. Ce n’est pas non plus une question d’âge car on peut voir une ou un centenaire sans sagesse. Ceux qui nous dirigent peuvent ne pas avoir la sagesse que les enfants ont, ni la sensibilité qui permet d’être sur un pied d’égalité avec les autres. On nous dit qu’il faut enlever le sensible en nous car c’est ainsi que le business marche mais c’est faux ! Un homme sans enfance est mort, le meilleur angle de transmission, c’est de poitrine à poitrine, cœur à cœur…

Après une interview toute en simplicité entre rires et moments de musique improvisée partagés, place au concert. Chapeau fétiche sur la tête, canne à la main, il est vêtu avec élégance, un rien dandy. Dès les présentations, on comprend que notre gaillard n’est pas venu cueillir des marguerites, il propose un « spectacle vivant » où le public est partenaire, un c(h)oeur à part entière. Faada manie les percussions corporelles avec brio. Il présente ses morceaux dans la langue de Molière avec un esprit ouvert et pédagogique.

Sa voix soulful (3) se joue des registres, va chercher quelques notes aux cimes puis creuse les profondeurs de la terre. La technique vocale du Dakarois n’a rien à envier à la justesse de son interprétation. Les paroles de ses chansons, en anglais principalement, nous évoquent tour à tour une histoire poignante ou un récit plus intérieur mais sans sensiblerie. La générosité dont fait preuve Faada Freddy et qu’il dévoile avec force ou tendresse est communicative. Tout y est, sans bémol à la clé : de la créativité, une présence, un don de soi et pourtant, rien de cela n’efface la maîtrise de son art.

www.africultures.com

A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de la Publication du Groupe ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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