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[Enquête exclusive] : A quoi ressemblait la dernière décennie de Kerfala Kanté ?

Kerfala Kanté ''l'Oiseau de Sankara", artiste guinéen décédé en juillet 2019

Il y a huit mois jour pour jour, Kerfala Kanté rendait son dernier souffle et ouvrait sans le savoir un triste chapitre de son histoire : un « abandon » vis-à-vis de son égard et une fin de carrière « lamentable » qui donnent l’impression qu’il n’aurait jamais été un porte-étendard du riche patrimoine culturel guinéen.

« L’Oiseau du Sankaran » méritait-il cette « inattention » ? Hormis, quelques personnes qui lui auraient accordé une considération particulière digne de son rang de vedette de la musique mandingue. ©AFROGUINÉE vous en dit plus dans son enquête.

Kerfala Kanté est né en 1959 à Faranah (l’une des grandes villes de la Haute Guinée), la terre de ses ancêtres. Son père Kemo fut balafoniste réputé versé dans la tradition et un riche patrimoine culturel. Comme l’on aime souvent le dire, « tel père, tel fils », Kerfala Kanté épousa la même affection que son papa. La corde culturelle a alors pris son arc passionnel. Au fil des ans, Kerfala a su sculpter sa personnalité et concevoir son propre bâton de parcours.

Ayant la maitrise parfaite du balafon et de la guitare sèche comme son père, Kerfala déambulait de mariage en mariage, de baptême en baptême pour son gagne-pain avant d’intégrer « Djoli-Band » de Faranah dans les années 80’. A la prise du pouvoir en 1984, il intègre l’orchestre Balla et ses Baladins. Ce fut une réelle découverte où il a accumulé beaucoup d’expériences avant d’exploser au soleil son incroyable talent de chanteur.

Ce fut un des voyages de Kerfala Kanté à Paris où il a enregistré avec Amadou Sodia au milieu et Sékouba Bambino à Droite (photo d’archive).

 

L’histoire nous apprend que la première K7 de Kerfala est sortie en 91’. Cela fut son déclic. Hop là, et c’était parti, l’Oiseau décolle enfin de Sakaran à Conakry jusqu’à Paris. Les premiers albums d’anthologie sensationnelle de Kerfala dont « Senekela, « Fara Fina » « Biyedi », restent et demeurent des classiques de la vraie musique mandingue. Sa participation à la compile musicale « Les Leaders de la Guinée », fut l’un de ses grands succès qu’on puisse retenir. (Réécoutez la chanson)

Époques fastidieuses

Comme tout mortel, « l’Oiseau du Sankaran » a connu des hauts et des bas à son vivant. L’année 2011 n’a pas dérogé à la règle. Juste après le régime exceptionnel en Guinée dirigé par le Capitaine Moussa Dadis Camara et son cndd (Conseil national pour la démocratie et le développement). Avec ce pouvoir militaire, Kerfala Kanté à travers son titre « CNDD », s’est remis sous le feu des projecteurs et gagné le coeur des hommes sortis des casernes.

Dans l’intervalle de 2012 à 2015, le chanteur avait une vie calme mais pas remplie. L’entourage de Kerfala Kanté a fait peau neuve en cette période. Le décès de son manager, Ibrahima Sylla (Syllart Production) a fait que sa carrière a pris un coup. Kerfala Kanté disparait de la scène pendant un bon moment. Le chanteur ne serait réconforté que par ses épouses, ses enfants et une petite poignée d’amis qu’il a su garder.

« Papa vivait de façon seule… »

Au cours de notre enquête, nous avons interrogé KEMO KANTÉ sur l’état dans lequel vivait son père Kerfala pendant ses derniers moments.

« Papa vivait de façon seule. Parce qu’il était tellement, tellement abandonné. Mais Dieu merci, il vivait sans attendre l’aide de quelqu’un », nous a-t-il confié.

Kerfala, son projet d’adieu

 Après 11 ans d’absence sur le marché de disques, « l’Oiseau du Sankaran » sortait en 2016, un double album avant que la mort nous l’arroche à notre affection : « Djely Laye » et « Merci ». Cette sortie à deux coups a été produite par Tidiane Soumah des Productions Tidiane World Music (PTWM). Ils furent des amis de plusieurs années.

« Kerfala Kanté était venu me voir en début 2016 dans un état comateux, de suicide, car il m’a dit de l’aider à sortir son album avant sa mort. Car sa santé était devenue un risque, selon lui. Bien que cela n’était pas le même avis que celui des médecins. Sur sa demande, j’ai sollicité l’apport financier des partenaires et j’ai réuni 25 journalistes autour du projet. Cela a été un succès et le double album de Kerfala était sorti…». Nous a fait savoir M. Soumah.

La presse était l’amie fidèle de Kerfala Kanté. Abdoulaye Soumah  »Tonton Ablo », animateur culturel au groupe « Évasion » nous fait des confidences : « Kerfala avait sérieusement besoin d’aides. Il est resté 11 ans sans être sous le feu des projecteurs. Depuis le décès de son producteur Ibrahima Sylla de Syllart Production, Kerfala était délaissé, désespéré, en conséquence de quoi, il avait besoin d’aides pour la relance de sa carrière ».

Quelques indiscrétions reprochent au ministère en charge de la culture d’avoir creusé un grand fossé entre lui et l’artiste décédé en juillet 2019, des suites de maladie. A noter que cette information reste encore à vérifier au près dudit ministère. Mais une question brûle les lèvres, celle de savoir à quoi sert la signature de convention entre le ministère guinéen de la culture et la société NSIA Banque et Assurance pour la prise en charge des artistes dans le besoin de santé ? L’on se rappelle, le président Alpha Condé avait offert en 2016, lors du lancement officiel du fenac (festival national des arts et de la culture), des centaines de millions de francs guinéens pour l’initiative d’aide à l’assurance-maladie des artistes. Pour savoir beaucoup plus dans cette affaire, notre Rédaction a maintes fois tenté de décrocher un entretien avec le ministre Sanoussy Bantama mais en vain. Combien d’artistes meurent dans des conditions lamentables en Guinée sans aucune aide des autorités ? L’Etat est-il obligé ? La question reste entière.

En attendant la réponse, certains artistes ne cachent point leurs avis. C’est le cas de P. Wada (chanteur de la musique urbaine). Le jour de l’enterrement de Kerfala Kanté au cimetière de Cameroun à Conakry, il a sans doute haussé le ton dans la foulée.

 « Sauf à nos enterrements, qu’on les voit…Mais Dieu jugera… », s’adresse t-il aux autorités en charge de la culture en Guinée. La vidéo avait fait réagir des milliers d’internautes guinéens.

Kerfala Kanté aurait laissé derrière lui, un album acoustique dans le tiroir

Les artistes ne meurent jamais à travers leurs oeuvres, dit-on. Selon nos enquêtes, « l’Oiseau du Sankaran » avait composé un album acoustique qu’il tenait à sortir avant sa mort.

« Je dois sortir un album et il sera très moderne, en acoustique. Mais je pense que ça sera mon dernier album… », avait confié Kerfala, à l’un de ses proches. Il y’a t-il possibilité de sortir ce disque à titre posthume ? Peut-être oui, puisqu’aujourd’hui, le fils de Kerfala Kanté, KEMO ambitionne de prendre la relève et continuer le combat de son feu père.

N’est-ce pas, Kerfala Kanté restera longtemps catalogué dans le livre d’or de la musique pop guinéenne. L’homme a brillé et il a marqué son temps !

Une enquête de Syta CAMARA

AFROGUINÉE MAGAZINE

A propos F. Syta Camara

Rédacteur en chef à ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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