Fodé Baro : « La Guinée n’a rien pour la mémoire de Demba Camara »

Fode Sita Camara 12 août 2017 0
Fodé Baro : « La Guinée n’a rien pour la mémoire de Demba Camara »




La star du zouk mandingue s’est montré choqué lors de sa récente conférence de presse à Conakry! Fodé Baro trouve inadmissible que les anciennes gloires de la musique guinéenne puissent vivre misérablement après tout l’honneur qu’ils aient offert à leur patrie.

 » Nous avons plusieurs icônes, mais les guinéens refusent de les reconnaître. Nous préférons accorder de l’importance aux artistes étrangers que nos miens. C’est très grave. Je prends l’exemple sur Aboubacar Demba Camara qui a tout donné à la Guinée. Il a honoré les guinéens? Mais qu’est ce que nous nous avons fait pour honorer son âme? Nous avons quoi de Demba comme souvenir ? Absolument rien! La Guinée n’a rien de Demba. Les ivoiriens en ont beaucoup mais ils ont refusé de donner à la Guinée les images de cet homme. Parce que nous, nous ne connaissons pas la valeur de nos artistes… », s’est indigné l’auteur du célèbre tube « Yirikiki ».

Qui était Demba Camara?

Le 4 avril 1973, disparaissait des suites d’un accident  tragique à Dakar, le chanteur, animateur-compositeur et soliste guinéen Aboubacar Demba Camara, considéré comme un des piliers du Bembeya Jazz National, le groupe le plus célèbre de l’histoire de la musique guinéenne et le plus grand orchestre africain de ces 50 dernières années. Aboubacar Demba Camara tira sa révérence dans la fleur de l’âge, à tout juste 29 ans. Quarante années après, Afro Guinée Magazine vous propose un dossier sur celui qu’on a surnommé à juste titre  » Le Dragon de la musique africaine ». Hommage, Articles et morceaux choisis. Bonne lecture !

 Demba , Le Dragon de la Chanson africaine

Dragon ! Le mot est sonore, il est chargé de feu. Dragon ! Deux syllabes qui résonnent comme un gong ou un canon. C’est selon.

Pourquoi alors, donner à Aboubacar DEMBA Camara, le sobriquet de ‘’Dragon de la chanson africaine’’?

Tout d’abord qu’en dit le dictionnaire ? Le dragon est un monstre fabuleux représenté avec des ailes et la queue d’un serpent. Dans ce cas, comment faire le pont entre la métaphore Dragon et DEMBA.

DEMBA fut réellement un animal de scène, une bête de spectacle. S’il n’était pas extraordinairement grand de taille, il avait le secret de se déployer sur scène comme un géant. Ses fulgurants pas de danse, ses haussements d’épaules intelligents, ses multiples déplacements en jambes croisées à gauche, puis à droite, ses sauts-éclairs dans le rythme Tentemba, et puis sa voix rageuse et enflammeuses, agressive et persuasive envoûtait.

Quand DEMBA montait sur le podium du Palais du Peuple par exemple, il était tout seul capable de remplir la scène et la salle. Il avait du volume, il avait de la présence! C’est pourquoi à la seule apparition physique de DEMBA, les spectateurs brûlaient déjà d’allégresse, et si alors il chantait et dansait, il incendiait littéralement le public d’extase.

Inutile de vous dire qu’un tel charisme artistique ne s’obtient pas banalement. Il faut avoir travaillé longtemps sa mise scénique, sans jamais pourtant tomber dans la sophistication.

Le mérite de DEMBA est d’avoir justement su créer un spectacle en tout point de vue authentique. Quand le BEMBEYA jouait par exemple ‘’Regard sur le Passé’’, DEMBA se vêtissait tout simplement d’un boubou blanc, la tête enturbannée et la dragonne de son sabre bien fixée à la taille. Jamais dans ce concert musical, DEMBA ne fut vulgaire. Dans cette épopée historique, il savait rester hiératique. Tandis que dans TENTEMBA, sous l’emprise des orgies rythmiques, l’artiste s’emportait allégrement, offrant le spectacle du chanteur-animateur accompli.

Mais, animal fabuleux, ce n’est pas la seule définition que nous donne le dictionnaire à propos de Dragon. Le Dragon c’est aussi un soldat de corps militaire de cavalerie de ligne créé au XVIè siécle, pour combattre à pied et à cheval.

Combattant, DEMBA le fut vraiment, avec sa voix comme bouclier et ses chansons comme épée rédemptrice de la culture Africaine.
La force de DEMBA, c’est d’avoir su transcender les vulgaires cancans, d’avoir su éviter les mélopées fastidieuses et les refrains ennuyeux. Son secret c’est d’être allé direct aux sources populaires, à la maniére des aèdes de l’Afrique traditionnelle, avec l’aisance verbale des bardes de la savane mandingue.

DEMBA a trvaillé intelligemment sa voix pour en faire le puissant véhicule de sa profonde conviction en l’avénement d’un monde de progrès, d’une humanité plus humaine. Tous ses chants sont ainsi l’expression d’un engagement, le don de sa personne à l’art, qui anoblit le peuple.

Voilà donc, comment DEMBA est doublement DRAGON, mais si nous fûmes les premiers à le surnommer, aujourd’hui aucun mélomane ne voudrait être le dernier à reconnaître que DEMBA est véritablement le DRAGON de la chanson Africaine. Justin Morel Junior.

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