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GUINEE: Le bout du tunnel est encore loin

L’opposition et le pouvoir guinéens ont renoué avec la rue, leur terrain de jeu favori. Congenitalement incapables de s’asseoir autour d’une table pour discuter de leurs désaccords, ils se retrouvent immanquablement à se regarder en chiens de faïence dans la rue. La marche organisée par l’opposition, hier, est en effet le déclencheur d’une longue série de manifestations consacrant la rupture du dialogue politique.

Cette crispation politique soudaine aurait pu ne pas susciter de craintes outre mesure, si l’on n’était pas en Guinée. Mais dans ce pays, l’expression des libertés dans la rue, se termine presque toujours, malheureusement, dans un bain de sang. Pourtant, l’opposition, tout comme le pouvoir, est capable de hauteur d’esprit, comme on l’a vu lors d’une de ses manifestations autorisées par le gouvernement et où tout s’est passé dans l’ordre et la discipline.

C’est dire donc que si les actes de provocations de toutes natures, signes de l’inimitié entre les deux camps, n’étaient pas de mise, la Guinée pourrait vivre ces moments de contestations dans le calme. A ce rythme, c’est à se demander si l’objet de la discorde, à savoir le scrutin législatif, trouvera un jour une solution consensuelle.

Car les deux stratégies empruntées par le pouvoir et l’opposition, celle du fait accompli et celle du recours systématique à la rue, sont inconciliables. On ne voit pas en effet comment avec un tel degré de défiance, les deux parties arriveront dans un bref délai à trouver un modus vivendi. Or, plus la crise de confiance perdure, plus les ressentiments s’accumulent, rendant le problème encore plus complexe. Ainsi va la Guinée de l’ère Alpha Condé.

Chaque fois qu’on croit le pays sur le point de sortir de la zone de turbulences, il se trouve comme des forces maléfiques pour le replonger dans la tourmente. Il faut cependant se détromper : il n’y a aucun caractère métaphysique dans le sort que connaît la Guinée. Ce serait trop facile d’accuser un quelconque dieu ou génie, et d’exonérer la classe politique.

Car, c’est elle qui est à la manœuvre, en bien ou en mal. Et l’histoire retiendra le rôle majeur qu’elle joue dans les bégaiements sans fin du processus de démocratisation de la Guinée. Le peuple guinéen, après un demi-siècle passé à ployer sous le joug de régimes dictatoriaux, croyait enfin le temps de la paix sociale, de la démocratie et de la stabilité venu. Il croyait enfin pouvoir jouir des bienfaits d’une nature extrêmement généreuse. Mais visiblement, les hommes politiques chargés d’assumer ce destin historique en ont décidé autrement. La misère des Guinéens peut bien se prolonger, la classe politique n’a pas fini de s’entredéchirer pour le pouvoir.

Les deux leaders politiques emblématiques de la Guinée, Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, sont interpellés dans cette nouvelle crise. S’ils sont vraiment au service des Guinéens, ils ont l’impérieux devoir de les faire sortir de cet engrenage. Mais avec l’égo démesuré qu’affiche chacun d’eux, le bout du tunnel est décidément loin pour la Guinée.

Mahorou KANAZOE

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A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de la Publication du Groupe ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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