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EXCLUSIF : A BÂTONS ROMPUS AVEC AIZEKO (2è partie)

AIzeko

[Interview Exclusive] Dix-neuf ans après la disparition de Kill-Point, AIzeko revient sur le succès majestueux et point noir de son groupe ayant marqué les années 1996 – 2000 en Guinée et Ouest africain. Lisez !

Salut AIzeko ! Ça va j’espère ?

Oui! Ça va Dieu merci

Quelle a été la force de la première génération du mouvement Hip-hop de Guinée dont Kill-Point fut le leader ?

La force de notre génération résidait dans l’amour. On était passionné, malgré que les choses étaient très difficiles à l’époque. Sinon, le Show biz ne nous a rien apporté en tant que tel. On ne gagnait pas grand chose en termes de revenus.  Le peu qu’on obtenait, rentrait automatiquement dans les organisations, les concerts, on payait la prestation des géants, y compris la location, on réglait aussi les petites charges liées à l’existence du groupe. On avait aussi cette volonté de vouloir bien faire les choses. Déjà qu’il y’avait des préjugés, car on nous prenait pour des délinquants. Donc, nous on se battait pour montrer le contraire en prouvant qu’il est bien possible de gagner sa vie étant rappeur.

Malgré tout le succès de 1996 à 2000, Kill-Point a fini par s’éteindre. Quelle est la raison ?

(Rire) Moi je pense que cela na pas été long. Il y’a eu aussi des groupes qui sont venus après nous et qui ont plus duré. Pour revenir à votre question, je dirais que nos convictions n’étaient plus les mêmes. Ils ont choisi d’aller en Europe et moi j’ai décidé de rester au pays. Mais, je ne les en veux pas. Ça n’allait pas financièrement et je ne peux pas retenir quelqu’un qui prétend partir pour des raisons de statut social.

Personnellement, qu’est-ce que tu as pu gagner durant ta carrière d’artiste ?

La sagesse d’abord et le rap m’a beaucoup formé côté vocabulaire. A l’époque, je reconnais que je n’aimais pas trop lire, mais le Rap m’a poussé à beaucoup lire, à faire de recherches çà et là. Je sais qu’aussi que j’étais très timide. Alors, grâce au Rap, je me suis débarrassé de ma timidité. Parce qu’il fallait grimper sur scène, aller chanter devant une foule tu vois ? Sans parler aussi, des voyages, des rencontres etc…

Entre Kill-Point et le régime feu Lansana Conté, quel était votre rapport ? Expliques-nous un peu !

Ce n’est pas que le système ne nous aimait pas. C’est parce qu’il était en retard mentalement. D’abord, il nous a classé délinquants. Ce système disait que nous étions des drogués, des indisciplinés. Donc, qu’il ne doit pas parler avec nous. Même dans le milieu culturel, s’il organise des concerts, il préfère inviter les artistes de la Mamaya (artistes de la musique populaire ndlr],…Mais jamais nous (Rappeurs).

En réalité, cela ne nous dérangeait pas. Nous, nous savions déjà qu’on était en avance en termes de vision sur eux. Donc, ce n’était pas possible qu’il nous aime, vu qu’on dénonçait leurs magouilles et le mouvement était plus fort qu’eux. Mais malgré tout, ce régime n’a pas pu nous empêcher d’avoir le maximum de public.

À l’époque, de quel œil voyais-tu la célébrité ?

Moi je n’ai jamais cru à la célébrité. C’est pourquoi, même les gens qui me côtoient disent que je suis simple. Sinon au début, en voyant les rappeurs américains ou français dans les clips, on se disait qu’on allait être comme eux. J’ai cru que quand « Foré Bôma » [Premier album à succès de Kill-Point ndlr] va sortir, j’allais rouler dans une Limousine. Et « Foré Bôma » est sorti, je n’ai pas vu ma Limousine de rêve. Donc, je me suis vite détrompé.

Oui, mais vous étiez quand même des grandes stars à l’époque

Justement, quand l’album est sorti, nous nous sommes cachés en disant oui, que nous sommes des stars. Mais j’ai compris que moi, je suis entrain de me condamner. Et ce n’est pas parce que je suis EIzeko de Kill-Point et que 2 mille personnes se bousculent pour venir me voir, que je vais radicalement changer. ou bien croire que je suis mieux que le menuisier ou le cordonnier de mon quartier. Donc, chacun à sa mission et chacun fait son temps et il disparaît. Célèbre où pas, moi dans ma tête, il n’y a pas de super homme.

Ce Rap engagé que Kill-Point faisait, avait-il des effets sur la vie des populations guinéennes ?

Comme tout artiste, on véhicule le message. Par exemple, un jeune qui a le complexe de porter « Foré Bôma » [Chaussure en caoutchouc ndlr], nous, on te dit non, ce n’est rien de porter ces genres de chaussures. On partait à Dakar et le public était étonné de voir les jeunes guinéens qui arrivaient à rivaliser PBS [Positive Black Soul, l’un des meilleurs groupes sénégalais ndlr]. La diaspora guinéenne était fière de nous voir.

Justement, es-tu content d’avoir marqué ton époque ?

Oui, personnellement je suis très fier de mon passé. Je reconnais que le Show biz ne m’a rien donné financièrement. Mais grâce aux actes que nous avons posés dans les temps, aujourd’hui, cela a inspiré d’autres jeunes qui sont venus après nous dans ce milieu. Et Évidemment, il y’en a qui ramassent aujourd’hui de l’argent dans leur carrière de musique. Maintenant, ils arrivent même à construire à travers la musique, s’acheter des belles voitures. Alors qu’à notre époque c’était pratiquement impossible.

Veux-tu dire que tu regrettes ?

Non ! Je ne regrette pas du fait que le Show biz ne nous a rien donné. D’ailleurs, après mes analyses, je me suis dis qu’on avait une mission, celle de venir à ce temps précis de notre histoire du pays (1996 – 2000), apporter notre petite contribution à la nation.

Maintenant que cela soit reconnu ou pas, mais il est évident qu’on a apporté quand même notre pierre à l’édifice. Mais dommage, que les actes posés ne sont pas généralement reconnus dans ce pays. Maintenant, est-ce qu’il faut demeurer frustré parce que les gens ou bien l’Etat n’encouragent pas ? Moi je pense que dans une situation pareille, le mieux, c’est de se lancer sur un autre chemin pour rattraper le temps perdu. Et c’est ce raccourci là que j’ai utilisé.

Tu penses que les gens n’ont pas été reconnaissants en vers vous ?

En guise d’exemple, pour la promo de mon album solo en 2005, des journalistes m’ont fermé la porte du côté de la RTG [Radio Télévision-Guinéenne NDLR] qui était d’ailleurs le seul média à l’époque. Ils m’ont dit de payer et j’ai refusé. Je leurs ai dit qu’à l’école, ce sont les mauvais élèves qui payent pour la note. Et mon groupe Kill-Point arrivait toujours à se démarquer de cette situation pour s’imposer partout en Afrique et d’ailleurs.

Pour rafraîchir la mémoire, KILL-POINT avait sorti combien d’albums ?

Le premier album « Foré Bôma » est sorti le 16 Novembre 1996 avant un double album vol-1et vol-2 en 1998. Après, on a fait la compile « Rap Koulè »« Tribunal Hip-hop » en 2000 où on a chanté « Place aux Jeunes ». Ensuite, on a sorti « Featuring 1 » avec le morceau phare « Wa Bombo ». Et puis le disque « Combat Continu », avant l’album « Featuring 2 » où il y’a ma voix mais ma photo ne se trouve pas sur la pochette.

Quel regard tu portes aujourd’hui sur la nouvelle génération de la musique urbaine de Guinée ?

Je ne dis pas que ça ne marche pas. On ne peut pas les en vouloir parce qu’ils n’ont pas de textes solides. A l’époque, nous, nous faisions beaucoup de recherches pour écrire nos textes.  En réalité, on ne se comparait qu’à l’extérieur :  les Mc SolaarPBS ainsi de suite. Nous, nous ne sommes pas figés au rap facile. C’est-à-dire, le côté commercial. Nous sommes toujours restés engagés.  De nos jours, c’est ce côté commercial là qui s’illustre. Les jeunes font du rap en mélangeant les rythmes nigérians pour se faire vendre pour avoir uniquement de l’argent. Mais je ne vais pas les en vouloir, c’est une question de conception.  Il faut aussi reconnaître qu’il y’a des bons artistes engagés actuellement, malgré qu’ils ne sont pas nombreux.

Si cette musique urbaine va mal, les aînés ne sont-ils pas responsables ? Sachant que nombreux parmi vous ont quitté le pays laissant un déficit de repère.

A vrai dire, je me pose souvent cette question.  Bon ! Je me dis que nous sommes en partie responsables. On aurait dû s’entendre, pas disloquer le groupe et voir continuer pour que le mouvement évolue. Parce qu’il fut un moment, nos mentalités étaient différentes, personnellement j’étais convaincu qu’on peut réussir sur place. On n’a pas besoin de s’exiler et espérer être leader. Mais malheureusement, cette idée n’était pas partagée au sein du groupe.

Moi j’étais convaincu qu’on ne peut pas être en Europe et chanter pour l’Afrique. Ce sont deux mondes dont les réalités ne sont pas les mêmes. Donc, moi je suis resté. C’est vrai que j’ai galère, et peut être que je galère toujours mais, je me dis que je suis plus tranquille dans la conscience. Je n’ai pas au moins menti aux jeunes en disant dans mes chansons : « BAKHI FADÉ NE PARTEZ PAS OU PARTEZ VOIR MAIS, REVENEZ ».

On voit que tu es beaucoup plus pris par ton business de publicité.  Comptes-tu revenir sur la scène musicale ? 

Non, je ne vais pas revenir. Place aux jeunes, tu te rappelle ? Et puis, je n’ai aucun regret dans mon passé artistique. Ou bien, dire que j’avais raté certaines choses, donc je reviens pour rectifier, se rattraper, non ! Non ! Cela n’est pas ma vocation. J’aime rester derrière ma conviction. J’ai dit : « Place aux jeunes » et je reste derrière ça.

Merci AIzeko pour cette interview

Je vous remercie aussi

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Propos recueillis par Idy BAH

et Abdoulaye Gentleman pour AFROGUINÉE

 

A propos Fode Sita Camara

Journaliste reporter. Rédacteur en chef à ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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