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Interview : Jean Baptiste Williams nous dit tout !

Le célèbre animateur de l’émission « Sono Mondiale », Jean Baptiste Williams, actuel Directeur National des Arts de Guinée, nous a accordé une interview exclusive. Des révélations, des anecdotes, et son état d’âme lié à la culture guinéenne ont été débattus avec notre Rédaction. C’est à bâtons rompus avec  »Jeannot » ! Lisez plutôt !

Bonjour Jeannot , comment ça va ?

Bien, ça va ! Dieu merci…

Veuillez vous présenter à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas

Je suis Williams Jean Baptiste, mon petit nom c’est  »Jeannot ». Je suis journaliste, musicien, auteur compositeur, chef d’orchestre du groupe Camayenne Sofa. En 2009, j’ai occupé le poste de Directeur National de la Culture. De 2010 à maintenant, je suis au poste de Directeur National des Arts depuis.

Parlez-nous un peu de vos années radio et de ces émissions musicales qui vous ont rendu célèbre dans le monde des médais guinéens et africains…

A la radio, ma première émission date de 1985. C’est le « Hit Parade International ». Je me souviens toujours avec beaucoup de plaisirs mais, quelque temps avant la direction des programmes, on m’a chargé d’animer l’émission « Musique Comparée » qui est de feu Doyen Emmanuel Katty. Donc simultanément, j’ai fais les deux. Quelques temps après, j’ai transformé le « Hit Parade International » en « Sono Mondiale ». Si vous vous souvenez d’ailleurs, en 2011, j’avais célébré le 25ème anniversaire de cette émission qui était beaucoup écoutée. Puis à côté de cette émission, j’ai fais les « Merveilles du Passé », « Dimanche Détente ». J’ai eu l’honneur d’être le premier à ouvrir la chaîne de la radio RKS qui était à l’époque la RCS (Radio Conakry Stéréo). Plus tard, quand la grille s’est conçue en place, on a personnalisé les animateurs. Moi j’avais les vendredis que j’ai baptisés plu tard, les « Vendredis Parfumés » qui avaient eu beaucoup d’audiences. J’ai bénéficié de beaucoup de stages, à la Radio Canada Internationale, Radio Canada, à la Radio France Bordeaux gilande, aussi la RTBF (Radio Télévision Française Belge).

On ne reste pas animateur éternellement, 25 ans avec une émission phare, vedette comme « Sono Mondiale »…

Pourquoi aujourd’hui, ces émissions ont-t-elles disparu des grilles de la RKS ?

C’est vrai aujourd’hui, ces émissions ont disparu. On doit savoir qu’on ne reste pas animateur éternellement. 25 ans avec une émission phare, vedette comme « Sono Mondiale », arrivé à un certain niveau, il faut voir la vérité en face. Quand tu anime une émission qui ne diffuse que des tubes du moment, toi tu vieilli et les nouveaux tubes sortent tous les jours, donc, il va falloir que tu laisse la place aux jeunes. 25 ans, c’est un quart de siècle et c’est pourquoi, la « Sono Mondiale » est mise au réfrigérateur. Je crois qu’un un jeune pourrait mieux l’animer et moi je reste dans mes Merveilles du passé.

Plus de 30 ans après le régime de Sékou Touré, la Guinée a toujours du mal à relancer sa culture . Selon vous, qu’est ce qui explique cette situation ?

C’est vrai que la première république avec son régime, avaient axé dans les premières loges des priorités, le développement et la réhabilitation de la culture et sa valorisation. Tant qu’une volonté politique n’est pas affichée par le premier responsable et son gouvernement, il y aura toujours un frein au développement culturel. Alors, sous la première république, c’était une politique affichée qui ne faisait pas de doute. C’est pourquoi, notre diplomatie était culturelle et vous avez vu les résultats de notre offensive culturelle. Quand l’Etat prend à bras le corps la culture, l’Etat devient à la fois, organisateur, producteur, sponsor, manager et diffuseur. Dans ce cas, il n y a pas de raison que la culture ne réussisse pas. Et puis, n’oubliez pas qu’on était à l’époque, le parti unique. Donc, la ligne était bien tracée, les structures du parti répondaient correctement, l’organisation de la société guinéenne était bien structurée de la base au sommet, et du sommet à la base. La société était de sorte que toutes les activités culturelles et sportives étaient bien régentées du quartier jusqu’au sommet. On assistait à plusieurs festivals en dehors du pays, on a décroché des prix, mais à côté, au sommet, on avait des ensembles nationaux qui étaient mis dans toutes les conditions. Non seulement, ils touchaient leurs salaires comme n’importe quel fonctionnaire, ils étaient logés mais aussi, ils étaient dotés d’instruments de musique, les espaces de création existaient dans tous les quartiers.

Quand l’Etat prend à bras le corps la culture, l’Etat devient à la fois, organisateur, producteur, sponsor, manager et diffuseur.

Tous les soirs, il y avait des activités culturelles sportives dans les permanences construites dans les quartiers. Ces activités se sont élargies dans les sections qu’on appelle aujourd’hui, les sous-préfectures ; dans les fédérations appelées aujourd’hui, des régions. Au-delà, ces mêmes activités étaient aussi permanentes dans les écoles, les garnisons militaires même dans les différentes corporations. Donc, avec une telle organisation des compétitions avec l’émulation qui s’y crée, ya toujours de la crème qu’on envoie au sommet. C’est ce qui permettait à la Guinée de décrocher des médailles d’or dans des grandes rencontres internationales.

Et tout cela a changé d’un coup, plus rien ! Pourquoi ?

A l’arrivée de la deuxième république en 1984, moi je crois que ça été une erreur d’appréciation et de nouvelle orientation qui nous ont amené à tout ça. Puisque culturellement, la Guinée avait atteint à un niveau élevé, au changement de régime, on avait juste besoin de réajustement. C’était très simple, il fallait trouver une formule intelligente pour se réadapter.

Quelles sont aujourd’hui, les priorités du nouveau cabinet du ministère de la Culture, des Sports et du Patrimoine Historique ?

Nous sommes dans une nouvelle dynamique vu que notre ministère a trop souffert. Mais selon le nouveau ministre, Siaka Barry, les priorités ne sont que celles fixées par la vision du Président de la République, le Professeur Alpha Condé. Donc, c’est quoi justement ? Un meilleur rayonnement de la culture, des sports et du patrimoine historique. C’est de faire mieux, ce qui avait été déjà fait. Si cette volonté politique qui a d’ailleurs commencé à se manifester, continue, je suis sûr que nous allons atteindre les objectifs qu’on s’assigne. On dit que la culture est l’âme d’une nation mais, qu’est-ce qu’on fait pour que cette âme soit bien entretenue ? La culture a vraiment besoin d’être entretenue pour vivre.

Peut-on espérer au rayonnement de cette culture, si les moyens mis à sa disposition sont insignifiants ?

Moi je pense que la première chose est de savoir, qu’est-ce qu’on peut faire avec peu et sans moyens ? Sans moyens, la culture peut aller jusqu’à un certain niveau mais on ne peut pas tout faire. Avec peu de moyens, on a pu faire le retour de la « Quinzaine Artistique » en 2015 avec seulement 800 millions. Avec ce peu de moyens en 3 jours, on a réuni toute la Guinée avec plus de 280 spectacles. Voyez-vous ? Ça et c’est avec peu de moyens ? Cela fait une trentaine d’années que la Guinée n’a pas organisé ce grand évènement.

On dit que la culture est l’âme d’une nation mais, qu’est-ce qu’on fait pour que cette âme soit bien entretenue ?

Avec des grands moyens, c’est quoi ? C’est de construire des institutions, des grands musées. Ya pas de culture sans bibliothèques, ya pas de culture sans espaces de diffusion, de spectacles, de créations, de rencontres et d’échanges dans tous les domaines. Encore, avec les gros moyens, c’est pour les grands festivals à l’image de ce qui se passe partout. Donc pour moi, je ne mets pas tellement les moyens en première position mais, je vais avec cette philosophie qui dit ceci : « qu’est-ce qu’on peut faire sans moyen, qu’est-ce qu’on peut faire avec peu de moyen et qu’est-ce qu’on peut faire avec les gros moyens. ?

Où en sommes-nous avec le projet de la construction du tout premier Palais de la Culture à Conakry?

Les dossiers sont très avancés. Il faut dire que depuis 5 ans, on tourne pour la réalisation de ce projet. Mais, les études viennent d’être faites. Ce projet été financé par le PNUD. Je tiens a vous le dire. Pour la construction d’un Palais de la Culture et de la jeunesse, je ne peux pas aller plus loin mais, je sais que les études sont déjà faites. Il ya des études qui sont faites et qui vont certainement être agréées. Les canadiens aussi nous ont fait des propositions qui sont aussi soumises aux études. Les infrastructures vont suivre après. Pour le moment, je ne peux pas aller plus loin car, je ne suis qu’un maillon de la chaine.

Beaucoup de nos artistes valeureux vivent et meurent misérablement. Personne n’en parle à part les médias. Quel est votre état d’âme par rapport à cette situation?

Bon ! C’est vrai qu’on n’en parle pas souvent. Pourtant ce sont des artistes sont entrés dans le patrimoine. Le Bembeya Jazz est le meilleur orchestre qui à été  sacré « Meilleur Orchestre d’Afrique » des 50 dernières années. Les Ballets Africains de Guinée, les Ballets Djoliba, l’Ensemble Instrumental, Kadé Diawara, Papa Kouyaté et tant d’autres avaient vraiment fait la fierté de la Guinée à l’étranger. C’est le statut qu’ils avaient pendant la première République qu’on a essayé de mettre de côté, et les laisser aller à vau-l’eau. Aujourd’hui, on a de sérieuses difficultés à les entretenir au prorata de mérite de ces artistes. Ces artistes devraient être mieux traités cars ils vivent actuellement des moments difficiles.

Je souhaiterai que nos anciens artistes soient bien traités, qu’ils aient de très bonne pension…

Je ne cesserai jamais de rendre hommage à ces valeureux fils du pays qui sont d’ailleurs les plus méritant. Ces artistes ont fait connaitre la Guinée. Alors ils méritent mieux que ça. J’ai vu le président Alhassane Dramane Wattara tout dernièrement, faire des gestes pour des gloires ivoiriennes, certains ont reçu des villas. Je souhaiterai que nos anciens artistes soient bien traités, qu’ils aient de très bonne pension, qu’on les honore en les offrant aussi des villas. C’est mon souhait.

Je vous remercie pour cet entretien…

C’est à moi de vous remercier ! Bon courage pour le travail que vous abattiez au quotidien afin de valoriser les événements culturels guinéens d’ici et d’ailleurs. Bon vent à Afroguinée Magazine !

Propos recueillis par Fodé Sita Camara  à Conakry pour © Afroguinée Magazine

www.afroguinee.com

A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de la Publication du Groupe ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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