Home / INTERVIEWS / INTERVIEW : Rencontre avec Malick Marcel Bangoura , Directeur Général de Sabari FM

INTERVIEW : Rencontre avec Malick Marcel Bangoura , Directeur Général de Sabari FM

Depuis près de dix ans, la presse guinéenne est en pleine mutation. Les organes de presse, radios privées et chaînes de TV  pullulent à tout bout de champ avec l’émergence de nouveaux acteurs qui, tant bien que mal, parviennent à faire vivre ce microcosme médiatique au service du social et de la liberté d’expression en Guinée. Parmi ces jeunes acteurs incontournables de ce monde médiatique guinéen, nous avons rencontré Malick Marcel Bangoura, Directeur Général de la radio Sabari FM pour un entretien. Dans cette interview, l’actuel boss de Sabari FM fait une caricature de la presse guinéenne et aborde bien d’autres sujets intéressants. Lisez plutôt !

Afro Guinée Magazine : Bonjour Malick Marcel, comment ça va ?

Malick Marcel Bangoura : Je puis vous dire, ça va au mieux du souhait. Dieu soit loué, je me porte bien (rires).

Le journalisme est un métier très fascinant. Comment êtes-vous tombé dans le milieu de la presse guinéenne ?

Alors que je venais juste de terminer les études de Droit Public à L’université de Conakry, je cherchais un premier boulot ! En quête donc d’un premier stage, à l’image de beaucoup de diplômés guinéens des institutions d’enseignement supérieur, j’ai déposé des demandes de stages dans plusieurs entreprises. Un jour de passage au bureau de ma tante Mme Cissé NDèye Fatou Diop, je dépose de façon désintéressée, une demande d’emploi chez l’hebdomadaire Le Diplomate. Ironie du  sort ! Au début septembre 2005, me voici dans la petite salle de rédaction du journal ‘’Le Diplomate’’. Face à celui qui deviendra plus tard mon patron, la question est toute simple. ‘’Peux-tu faire le journalisme ?’’ Je réponds : ‘’Je vais essayer’’.  Et c’est là que tout commença.

Mais j’étais, à l’époque, un routier du Palais du Peuple de Conakry pour les spectacles et autres concerts. Jusqu’au jour où mes regards se croisent avec mon Directeur de Publication d’alors : M. Cissé Sanou Kefala, juste à l’entrée du Palais où se tenait la Foire Internationale de Conakry. Il était dans sa voiture et moi j’étais tout tranquille avec des potes. Il s’arrête et m’interpelle avec un regard froid. Le ton me faisait peur. ‘’Malick, ici ce n’est pas ta place’. Depuis lors, c’est parti pour le reporter tout terrain,  toujours à l’affût, à l’assaut des nouvelles et scotché dans une salle de rédaction à gribouiller sans cesse. Puis au fil des ans, à force de travail et de baraka, j’ai gravi plusieurs échelons au sein du Groupe de presse : Le Diplomate- Sabari FM où j’ai été successivement rédacteur en chef du  site internet du journal  Le Diplomate : www.lediplomateguinee.info ,  rédacteur en chef  de la radio Sabari FM, Responsables des programmes, puis Directeur de l’information de Sabari FM .

De la presse écrite à la radio, comment cette transition s’est-elle opérée à votre niveau ?

J’avoue que cela ne m’a posé assez de difficultés. Après plusieurs formations en Technique radio, j’ai vite compris que le gros du boulot à faire, c’était de travailler la voix, avoir un bon timbre vocal et maintenir le style parlé dans la lecture. Mais il faut dire que l’avènement de la radio Sabari FM n’a pas mis fin à mes activités journalistiques au sein du journal Le Diplomate. Au contraire, ça été un plus. J’avais pris déjà goût à l’écriture, donc j’y couchais des articles et ce jusqu’à maintenant pour le bonheur des lecteurs qui adulent le sport. Parallèlement à mes fonctions actuelles, je suis aussi rédacteur en chef du Magazine sportif Afrique Foot Guinée (www.afriquefoot-guinee.com). Mais je passe le clair de mon temps au service de la radio Sabari FM 97.3.

Malick Studio

 Que pensez-vous des réalités quotidiennes d’un journaliste reporter en Guinée ?

Dur ! Dur labeur, je peux bien le témoigner pour l’avoir exercé des années durant. Le seul hic, c’est qu’il y en a beaucoup dans ce milieu qui ne savent pas ce qu’est une presse responsable. Ils sont encore nombreux ceux- là qui ne connaissent point le b.a. – ba de ce métier. Ils sont partout et nulle part. Ce qui amenuise même les conditions de travail. Conséquence : Ces reporters versent dans la facilité, la corruption et tout ce qui s’en suit.

 Récemment, vous êtes passé de Directeur des Programmes à Directeur Général de la radio Sabari FM 97.3. Et depuis quelques jours, vous êtes le nouveau coordinateur du projet Love FM Guinée du groupe de presse et de communication Afric-Vision. Comment vous gérez tout ça ?

Je rends grâce à Dieu pour cette autre promotion. Mon cher ami, c’est une énième confiance placée à ma modeste personne mais aussi un énorme défi qu’a bien voulu me lancer M. Cissé Sanou Kerfalla , PDG du Groupe Afric Vision. J’ai été appelé à ce poste de Coordinateur du projet Love FM Guinée pour apporter à la jeune équipe une petite expérience professionnelle dans le monde de la radio du groupe de Presse Afric Vision. Je ne vous apprends rien de l’idée de cette future radio de notre groupe de presse pour avoir été témoin de la conception dudit projet. Je vous assure que ce n’est pas du tout facile mais c’est le lieu de dire que je ne travaille pas seul. Tout le succès, s’il y en a, dans mes activités c’est parce que je ne néglige rien et personne. Tout le monde pris individuellement peut apporter quelque chose pour la réussite d’un projet. Il suffit de mettre les gens en confiance, créer l’environnement et échanger avec eux. Avoir le temps d’écouter suffisamment avant d’émettre votre propre idée. Si cela peut aider, voici un peu mon secret….

Pour le moment, Love FM n’étant qu’une webradio qu’on peut écouter sur : www.lovefmguinee.com , je suis entrain de boucler une grille de programmes susceptible d’intéresser le maximum de guinéens de la diaspora. Et ensuite passé à la phase studio avec des émissions interactives ou des directes.  Quant à la radio Sabari FM, sans pourtant verser dans l’autosatisfaction, je puis aujourd’hui me taper des vacances dorées tout en comptant sur le reste de l’équipe. C’est pourquoi, je dois cette promotion à tous ces jeunes journalistes et techniciens, à mes maîtres formateurs, mes proches, mes parents dont mon feu père qui serait fier de moi. Ses conseils guideront toujours mes pas.

 Aujourd’hui, quelle est votre vision de la presse guinéenne dans son ensemble ?

Je me ferai taper certainement sur les doigts. Certes, il y a des acquis. Mais mon cher ami, à l’allure des choses, on va tout droit dans le caniveau. Il faut qu’on se réveille, qu’on prenne conscience de notre rôle d’avant-gardiste pour le développement du pays. Beaucoup de nos confrères souffrent du sensationnel. Aujourd’hui en Guinée, n’est bon journaliste que celui qui tire à boulet rouge, qui distribue des injures. Il y a moins de journalistes d’investigations et de grosses enquêtes dans les dossiers. Pire ! Y a un besoin criard de formation. La jeune génération fait moins honneur aux anciens.

 Le constat est donc amer….

Oui bien sûr ! Il suffit d’écouter les radios privées pour s’en rendre compte, d’aucuns distribuent des fautes de grammaire, d’autres alignent du verbiage teinté d’alimentaire. Sur les radios, les rares stars sont celles qui font des émissions à caractère politique où on insulte des acteurs politiques, où on relais des contre-vérités et des polémiques futiles pour accrocher les auditeurs sans aucune forme d’éthique et de  déontologie. Donc il y a un manque de professionnalisme. Excusez du peu ! Ceux qui sortent leur tête de l’eau ou qui résistent à la corruption sont souvent masqués par ‘’ces rapaces’’.

Il faut aussi  essayer d’explorer d’autres pistes qui ne sont pas que politique. Par exemple, il y a un déficit d’organes de presse exclusivement Sport, Culture, Environnement ou encore High Tech,… j’en passe. Quant aux Télévisions, elles souffrent de manque de programmes attrayants répondant aux besoins véritables des téléspectateurs notamment de la couche juvénile.  A ce niveau même,  Il faut encore du temps et des moyens pour vraiment décoller. Dans ce sens, La RTG notre TV nationale, ne donne guère le bon exemple…

Après moult tractations, on attend encore les résultats définitifs des dernières législatives en Guinée . Quel analyse faites-vous de cette situation ?

Au risque de faire une conclusion hâtive avant même que la Cour Suprême ne confirme ou n’infirme ces résultats, je puis dire en tant qu’observateur que ces élections ne sont que la configuration de la dernière présidentielle. Mais il faut noter avec regret qu’on n’est pas encore sorti du vote communautaire. Les résultats parlent d’eux-mêmes. Il faut par contre se saluer de certains acquis. C’est une première dans notre pays que l’opposition et le pouvoir viennent coude-à-coude dans une élection législative. Cela est un acquis important à souligner pour la jeune démocratie guinéenne. Maintenant le plus difficile est à venir. Il consiste à l’acceptation des résultats et au grand défi qui attendent les futurs élus.

 Une question de gastronomie pour un sacré gourmet de votre acabit. Alors, en matière de cuisine africaine, quel est votre repas préféré ? Celui qui vous fait bien pendre la langue?

(Rires) Je souhaite que ma femme ne visite pas Afro Guinée Magazine (sic!) pour découvrir que la sauce (mafé) aux feuilles de patate à l’huile rouge servie avec du riz, reste mon faible. A cette question, elle hésite entre de l’atièké et cette sauce. Pourtant, je suis friand de ce repas culinaire qui est une marque déposée guinéenne.

 Quand on vous dit : AMOUR, cela vous fait pensez à quoi de vrai ?

A ma mère. Elle, seule, t’aime dans toutes les circonstances. J’aime bien ma femme et mes deux chouchoutes (Hawa Marcel et Betty Marcel), véritables porteuses de chances…

 Une pensée positive pour finir…

En voyant vos  initiatives, je me dis aussitôt que vous êtes guidé par cet enseignement : ‘’L’impossible n’est pas un fait établi, c’est une opinion’’. Merci à la rédaction d’Afro Guinée Magazine pour cette interview et surtout pour l’énorme travail que vous abattez au quotidien afin de pouvoir valoriser la culture guinéenne et ses acteurs. Et ce, dans tous les domaines.

Je vous remercie

C’est à moi de vous remercier.

Propos recuillis par Aboubacar Mamadou CAMARA

www.afroguinee.com

A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de la Publication du Groupe ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

Vérifier aussi

[ Interview ] Mariam Sy, la percée d’une jeune femme dans le Digital

Mariam Sy est Journaliste de formation, elle pratique la communication digitale sans le moindre doute …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *