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Le Futuroscope, un équilibriste entre culture et divertissement

Il vient de lancer son nouveau spectacle Lady Ô. Avec ses 1,7 million de visiteurs par an, le Futuroscope est le deuxième parc de loisirs de France. Installé dans le département de la Vienne, il offre au-delà du divertissement et de l’imagerie 3D des vraies créations artistiques, conçues par des artistes de renoms comme Bruno Coulais, Luc Besson, Martin Solveig, Nolwenn Leroy ou Mourad Merzouki.

 « Hello », « Guten Tag », « Ciao », « Bienvenue, le Club est ouvert ». Martin Solveig nous accueille dans une ambiance dance floor, entièrement plongée dans une pénombre de carrées rouges et bleus. Des bras articulés des robots rouges nous prennent en charge. Chacun choisit son niveau : de « robot party pour la famille » jusqu’à l’effet de « montagnes russes ». Le tour d’enfer à bord d’un robot de sept mètres de haut qui bouge sur six axes suit le rythme du remix signé par le célèbre DJ. « On a pensé cette attraction avec Martin Solveig, explique d’un air amusé le directeur général du Futuroscope, Dominique Hummel,  c’est vraiment ambiance boîte de nuit, mais pour la famille, puisqu’on peut dès l’âge de 5 ans rentrer dans ce robot. »
Arthur et Lady Ô

Visiblement, même des très grands artistes n’ont pas peur d’abîmer leur image de génie créatif en mettant leur nom au service d’un parc de loisir. Solveig parle d’une « expérience unique ». Luc Besson avait décroché le prix de la meilleure attraction du monde en 2012 avec Arthur, l’Aventure 4D, une simulation spectaculaire qui vous fait vivre un voyage mouvementé dans l’univers des Minimoys. Et pour le nouveau spectacle nocturne Lady Ô, Nolwenn Leroy, une des chanteuses françaises la plus populaire, s’est transformée en conteuse féerique. Avec sa voix pure et chantante, la Bretonne incarne l’histoire des deux sœurs Mélody et H

armony qui vivent sur une petite planète bleue, attaquée par les terribles Trackers de la Planète Noire.

C’est Mourad Merzouki, grande figure du mouvement hip-hop, qui a chorégraphié ces grosses bestioles robotisées qui sont aussi projetées sur les murs. Pour Nolwenn, c’est loin d’être une contrainte de participer au spectacle familial et fantastique du Futuroscope, c’est un enrichissement artistique : « J’ai pioché dans beaucoup de ce que je connaissais déjà. Ce soir je vais avoir la chance de pouvoir chanter ma chanson qui clôture le spectacle avec tous les effets derrières, les jets d’eau, les lumières extraordinaires. On n’a pas souvent l’occasion d’avoir un tel budget et de tels effets extraordinaires sur scène [rire]. Un tel endroit, c’est une belle opportunité. »

« Lady Ô », la nouvelle féerie nocturne du Futuroscope, conté par Nolwenn Leroy, musique originale de Bruno Coulais, chorégraphie de Mourad Merzouki, conception, scénographie, direction artistique de Hélène Richard & Jean-Michel Quesne.

Futuroscope

« L’harmonie, de temps en temps, il faut la détruire »

Le célèbre compositeur Bruno Coulais a écrit la musique. L’auteur de musiques de film commeMicrocosmos ou Les Choristes a enregistré la bande sonore dans le mythique Air Studios à Londres, avec un confortable orchestre de 45 musiciens. « Ce spectacle me sort de ce que je fais d’habitude. J’aime beaucoup sortir de mes pas. Le parc de loisir, on y voit effectivement le côté péjoratif, populaire, mais moi, je trouve, au contraire, c’est un terrain très intéressant. Ce sont des lieux propices au rêve, à la fantaisie. Donc cela devrait au contraire attirer les créateurs exigeants qui ne méprisent pas le public, mais qui leur donnent à voir des choses pointues ». Quant au danger de se retrouver avec les deux héroïnes Mélody et Harmony dans un spectacle trop consensuel et familial, il rétorque : « Je ne me dis pas que je travaille pour tel ou tel public, mais pour le spectacle en question. La musique est entre la féerie et l’angoisse. Je suis toujours intéressé par ce qui déclenche la peur. Il y a parfois un aspect onirique, fantastique. L’harmonie, de temps en temps, il faut la détruire pour mieux y retourner. Et avec la mélodie, c’est pareil ».

Un petit Versailles du 21e siècle dans la Vienne ?

Le dispositif artistique pour ce spectacle phare parmi les 24 attractions du parc inclut des centaines d’effets pyrotechniques, des lasers polychromes, une centaine de jets d’eau multicolores et un mapping vidéo gigantesque de 80 mètres de long qui submerge les sept mille mètres carrés de la scène aquatique. Un petit Versailles du 21e siècle dans la Vienne ? « Versailles est l’inspirateur de tous ces grands spectacles de jets d’eau, explique Hélène Richard de Skertzo qui a conçu et réalisé le spectacle au Futuroscope. Ce qu’on a de plus, par rapport à Versailles, c’est la lumière, ces lumières mêlées à l’eau. Grâce aux nouvelles technologies, cela donne des effets, des irradiations absolument extraordinaires. Nos ancêtres ne pouvaient même pas en rêver. »

Cliquez sur « télécharger » pour écouter Hélène Richard, scénographe et directrice artistique de « Lady Ô ».

C’est un spectacle qui va au-delà du simple divertissement.

26/04/2013 par Siegfried Forster

Près de 300 artistes et techniciens ont collaboré pour développer l’histoire. Trois millions d’euros étaient nécessaires pour que le lac devienne le fil conducteur et l’acteur principal de ce spectacle qui éblouit par ses images 3D sur des fontaines d’eau colorisées et des sons numériques finement spatialisés. « C’est un grand moment en plein air, un show fantastique. On est le seul parc aujourd’hui de le proposer tous les soirs » souligne Dominique Hummel tout en omettant que les superlatives sont devenues la règle pour les spectacles nocturnes. En 2012, Disneyland Paris avait même investi dix millions d’euros pour Disney Dreams, doté d’une bande sonore enregistrée dans les mythiques studios londoniens Abbey Road par 90 musiciens de l’orchestre symphonique de Londres. Et le concurrent voisin Puy du Fou tourne Cinéscénie avec plus de 3 200 bénévoles et des voix prêtées par des acteurs célèbres comme Alain Delon ou Gérard Depardieu…

Des champs de betteraves aux jeux vidéo

Il y a une trentaine de sculptures dans les espaces publics du Futuroscope.

Siegfried Forster / RFI

Quand on pense aux louanges faites – à juste titre – au musée du Louvre-Lens pour avoir sorti une région sinistrée du marasme économique grâce à la culture, il ne faut pas avoir la mémoire courte. Il y a 25 ans, le Futuroscope a été construit sur des champs de maïs et de betteraves d’une région pauvre. Aujourd’hui il fait un chiffre d’affaires de 87 millions d’euros et emploie 4 700 personnes. La création du parc a été décidée par la volonté politique contre toutes les études de marché, comme son concept, à cheval entre le divertissement et la culture. « Je peux comprendre les doutes qu’on peut avoir, admet Dominique Hummel, mais un divertissement de qualité, cela peut se faire. Le plaisir fait grandir. Cela veut dire qu’il y a une découverte, un côté fun, mais un fun intelligent. »

Très tôt, le Futuroscope avait pris très au sérieux les jeux vidéos qui viennent de fêter en mars dernier leur entrée dans la prestigieuse collection du Museum of Modern Arts à New York : « Vous voyez bien que les frontières s’abattent, se réjouit Dominique Hummel. Et ce qui est intéressant, c’est justement de rôder un peu aux frontières. Le jeu vidéo est évidemment présent au Futuroscope comme l’art est présent. Nous avons aujourd’hui une trentaine de sculptures qui viennent agrémenter l’espace public du parc. Il y a beaucoup à chercher aux frontières des deux : la culture, avec ce qu’elle a comme image un peu plus difficile d’accès et le divertissement avec ce qu’il a quelquefois comme image de trop facile d’accès. Il faut trouver le bon équilibre. »

Cliquer sur « télécharger » pour écouter Dominique Hummel, directeur-général du Futuroscope.

L’atout majeur du Futuroscope ? Il a 25 ans !

26/04/2013 par Siegfried Forster

 

Lire aussi : 
Au Futuroscope, le Petit Prince souffle ses 70ans en 4D, RFI, 26/4/2013
Dreamlands, les pays du rêve et du cauchemarRFI, 7/5/2010

A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de la Publication du Groupe ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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