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Les vérités crues et anecdotes d’Oumar Sool Kaba… (Exclusif)

Oumar Sool Kaba, animateur culturel guinéen/Photo prise Di-Singué

GRANDE INTERVIEW – Oumar Sool Kaba est l’une des voix rares que les auditeurs ont longtemps savouré après la libération des ondes en Guinée. Très séduisant à l’antenne, cet autodidacte du micro désormais en France, a bien voulu se prêter à nos questions. Lisez !

Slt Oumar Sool !

Salut frérot !

Alors, présente-toi à nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore

Je suis Oumar Sool Kaba né en 1974, j’ai étudié jusqu’au baccalauréat. A ce niveau d’études, malheureusement, je fais partie des guinéens qui ont soit mal assimilé ce qu’on leur donnait à l’école, soit à qui on enseignait très mal. Donc j’ai cessé d’être scolaire mais sans jamais arrêter de me cultiver. J’ai toujours continué à apprendre tout ce qui me tombait entre les mains sans être un gros lecteur de bouquins. Mais mon esprit est toujours resté vif à la quête de nouvelles connaissances.

Tu restes un passionné de la musique. Explique-nous un peu l’aventure.

Très tôt, je suis tombé amoureux de la musique, car j’étais entouré de grands frères et d’oncles qui étaient très connectés à la musique. A très bas âge, je connaissais pas mal d’artistes à travers justement, ces membres de ma famille. Naturellement moi-même, mon âme réagit beaucoup aux sonorités lorsque c’est intéressant et parfois même, quand ce n’était pas intéressant, j’y réagis. Ça peut ne pas me plaire par la suite, mais au moins je connais désormais l’œuvre . Sans être musicien, je me suis toujours intéressé à la chose musicale. La confiance du domaine musical n’a jamais été difficile pour moi. Mais à côté, je suis également un grand passionné du football et j’en parle d’ailleurs plus aisément que de la musique.

Parle-nous un peu de toi avant de devenir une grande Star de la radio en Guinée

De fil en aiguille, j’ai connu pas mal d’années de galère. Quand on est déscolarisé, les parents sont fâchés et personne ne te comprend. On se retrouve tout seul. Personne n’a pitié de toi car, on dit que tu es le seul responsable de ce qui t’arrive. Voilà un peu ce que j’ai vécu avant de devenir un animateur radio.

Comment as-tu trouvé la force de surmonter tout ce calvaire ?

C’est exactement à partir de ce moment de galère que j’ai commencé à forger un grand courage et à développer une grande envie de m’en sortir de moi-même pour éviter de tendre la main à quelqu’un. Donc, du coup, les cultures et mes passe-temps que j’avais à l’époque, l’idée était de les approfondir et acquérir de nouvelles connaissances. Donc, sans voir le temps passé, ni les années, je me suis retrouvé avec pas mal de bagages.

Explique-nous comment tu t’es retrouvé à la radio étant donné que tu n’as jamais fait des études dans ce sens?

C’est au milieu 2006, l’avènement des médias privés en Guinée, que j’ai eu l’envie de m’approcher de l’une d’entre ces radios pour leur prêter mon petit savoir-faire qui ne vient d’aucune école spécifique. Aujourd’hui, je me considère plus comme un autodidacte qu’un produit d’une école spécifique. C’est à travers un copain d’enfance, Ibrahima N’diaye qui m’a passé le numéro du boss de la Radio Nostalgie, que j’ai finalement rencontré pour un entretien d’embauche. Au terme d’une discussion, j’ai été retenu et j’ai donné ma première émission le 8 Janvier 2007. J’y suis resté pendant 3 ans, 3 mois dans une grosse tranche d’antenne, du Lundi au Dimanche et de 9 heures – Midi svp, qu’on appelait ‘’HAPPY DAY’’. A la 2ème année, je me suis retrouvé dans une autre tranche où je ne donnais que de la musique urbaine, une émission que j’ai appelée, URBAN VIBES.

Pourquoi tu as quitté la Radio Nostalgie Guinée ?

C’est arrivé à un moment où je ne me suis plus compris avec le patron de là-bas. Parce que j’estimais que mon influence sur cette antenne ne drainait pas mal de revenus, alors que ce que moi je récoltais était vraiment de la misère, c’était complètement de la foutaise. Je me suis battu pour que mes conditions puissent être améliorées, mais ça n’a pas été le cas. Donc j’avais une seule chose à faire, c’était de me barrer de là-bas. Et donc, je suis parti.

Après, je me suis retrouvé à la radio Chérie FM Guinée par le biais d’un de mes grands Mouctar Diallo, le Correspondant de Rfi en Guinée. Mais qui avait été nommé Directeur de cette radio. Donc, je faisais partie des bonhommes qui sont venus sur cette antenne pour la mettre en orbite. Chose qu’on estime avoir réussi. Puisqu’au bout de 2 ans, nous nous sommes retrouvés facilement dans le peloton de tête des trois radios les plus écoutées en Guinée, à l’époque.

Mais après, t’as aussi vite claqué la porte de cette radio Chérie FM. Peut-on connaitre les raisons ?

Pour une question d’incompatibilité d’humeurs entre la patronne de Chérie FM et certains collègues de là-bas qui étaient animés de certaines choses que je n’ai pas envie de lâcher là, mais bref, qui apparemment étaient dérangés de mes prouesses sur cette antenne. Puis, la différence d’égos entre la patronne et moi. Parce qu’elle les écoutait plus que moi. C’était ça le paradoxe…

A un moment, tu t’es retrouvé à Espace FM Guinée. Comment cela est-il arrivé ?

Oumar Sool Kaba dans le studio d’Espace Fm

Depuis 2011, j’ai été concocté par la Radio Espace FM Guinée. Au début, je n’étais pas tenté par l’idée. Parce que je me disais que je n’ai pas besoin d’être sur cette antenne pour montrer à Conakry ce que je savais faire, pour mettre à l’aise ceux qui m’aiment et ceux qui m’ont toujours suivi. Mais bon, quand les choses ont cessé d’être ce que j’espérais que ça soit avec la patronne de Chérie FM et les autres, j’ai pensé à Espace FM. Bon tiens, je me suis dit, le patron d’Espace voulait de moi depuis plusieurs années dans son équipe, alors pourquoi ne pas tenter l’aventure avec lui. C’est ce que j’ai fait.

Quel est présentement ton rapport avec Espace FM?

Les mêmes causes donnent toujours les mêmes effets. Au jour d’aujourd’hui, je viens de rendre démission à Espace FM Guinée. Parce que c’est pratiquement les mêmes types de problèmes entre chaque patron et moi.

Quel regard portes-tu sur la nouvelle génération d’animateurs culturels en Guinée ?

Bon le regard que je porte aujourd’hui sur ce métier chez nous, c’est qu’il y’a une sorte de grand écart entre l’écrasante majorité des gens qui officient dans ce domaine chez nous, qui en réalité, soit sont arrivés dedans, parce qu’il fallait trouver coûte que coûte quelque chose à faire pour gagner son pain ; et ceux qui y sont venus parce qu’ils sont passionnés et ils connaissent quelque chose là-dedans. Malheureusement, cette deuxième catégorie n’est pas nombreuse, en tout cas s’il faut être honnête. C’est vraiment dommage ! Le constat il est amer. C’est pour ça je trouve que l’auditeur guinéen fait partie des auditeurs africains qui souffrent le plus. Rien de potable à diffuser et les radios profitent pour bourrer leur antenne pour lutter contre le vide, quitte à ce que les gens viennent raconter du n’importe quoi.

Alors pour toi, qu’est ce qui expliquerait cette « médiocrité  » ?

Cela est favorisé par le fait que la plupart des gens qui ont créé des radios chez nous, ne sont pas des passionnés, ils ne savent pas une radio c’est quoi . Qu’est ce qui doit s’y dire et qu’est ce qui ne doit pas s’y dire. Et peut-être, ils ont pensé que c’est un effet de mode à suivre, ils ont investi dans des licences, ils ont ouvert les antennes, ils prennent des gens, ils les mettent sur des tranches, histoire d’occuper l’antenne tout simplement . Ensuite, ceux-ci y viennent faire tout et n’importe quoi. Ces patrons eux-mêmes, ils ne sont pas capables de distinguer parmi ces gens-là, qui fait du bon boulot . Ils tirent leurs médias en bas au lieu de les lancer en orbite. Ils sont riches, ils ont créé des médias, et ça s’arrête là. Et donc, ça explique cette médiocrité.

Mais tout n’est pas à jeter parce qu’il y a beaucoup de jeunes que moi je connais qui sont venus après nous, qui sont de vrais bosseurs et représentent de gros potentiels.

Quelle est ta lecture de la musique guinéenne ?

Pour ce qui est de la musique guinéenne, il faut un savoir-faire. Déjà il faut que la musique quitte la rue, que ça quitte l’improvisation et que ça passe par l’école. Il faut une vraie politique culturelle venant soit du gouvernement, soit des grands mécènes qui ont des grands moyens pour qu’on ait une nouvelle race d’artistes.

L’autre aspect, est que tout le monde s’improvise artiste. Le ridicule ne tue pas le guinéen . Certains n’ont pas peur que les gens se moquent d’eux. Soit, très peu de gens sont intelligents, soit, les gens se disent que le guinéen est tellement bête qu’on peut le servir n’importe quoi sans qu’il s’en aperçoive.

Quel jugement peux-tu apporter au contenu des chansons guinéennes ?

Aujourd’hui, quel que soit par exemple le côté intéressant d’un album ou d’un morceau, lorsque c’est truffé de dédicaces interminables, ce n’est plus bon. Parce que c’est comme si l’artiste proclamait les résultats du baccalauréat, du BEPC ou d’un autre examen national . Il se met à citer des gens à ne plus en finir.

Moi par exemple, je fais partie des animateurs les moins populaires chez les artistes. Parce que j’ai toujours eu un avis tranché, un certain franc parlé concernant les œuvres. Je ne fais pas souffrir les gens avec les chansons qui ne valent pas la peine d’être diffusées tout le temps pour inonder les ondes. On peut faire des titres sans citer aucun nom, et quand ça doit accrocher, ça accroche.

En tant qu’animateur culturel, quelle proposition peux-tu faire pour sortir la musique guinéenne de sa torpeur ?

Aujourd’hui, pour que la musique puisse aller de l’avant, il faut qu’il y’ait de véritables créations. En Guinée, laissez-moi vous dire que je suis tout le temps consterné par l’essentiel des œuvres qui ne sont basées que sur de l’imitation. En Guinée, on ne fait qu’imiter les gens. Et quand tu imites les autres, les gens qui doivent te juger ne verront que l’original et ils ne vont pas s’intéresser à la copie. Celui qui imite limite ses possibilités. Celui qui crée s’immortalise.

Quel est le manque à gagner ?

Nous avons beaucoup de talents qui représentent de gros potentiels mais qui ont besoin de travailler avec des professionnels, des gens qui ont des carnets d’adresse bien huppés, pas de gros parleurs, pas des gens qui ne visent que le plein du Palais du Peuple pour remplir leur poche. Mais des gens qui ont des vrais projets de développement de carrière, des gens qui ont la crédibilité nécessaire pour pouvoir présenter les artistes guinéens après avoir réalisé de vraies créations défendables à des gens qui ont de gros impacts sur les marchés internationaux.

Pourquoi, as-tu décidé de quitter le pays depuis quelques années ?

Aujourd’hui, je suis en France, les motifs sont privés. Rassurez-vous que je ne suis pas là inutilement. Je profite aussi du fait que la France est un grand pays où il y a beaucoup d’opportunités. Moi qui n’ai pas fait de brillantes études en Guinée, aujourd’hui, je suis en train d’acquérir pas mal de connaissances avec beaucoup moins de difficultés. Je suis en train de m’armer. Inch-allah j’irai au pays avec pleins d’idées. Peut-être que j’y débarquerai avec des projets personnels dans le domaine media ou un autre.

Présentement, c’est quoi ta nouvelle vie après avoir mis la radio de côté?

La passion ne meurt pas. J’ai promis aux auditeurs que je reviendrai . Et sous quelle forme ? Avec un projet personnel ? Avec quelqu’un d’autre ? Gros point d’interrogation. Pour l’instant, je m’occupe de ma famille. Je suis dans d’autres secteurs plus rentables qui représentent beaucoup plus de sécurité financière pour moi et ma famille. Mais tout en essayant de ne pas perdre la main et en me cultivant davantage . Donc, ça sera con pour moi de mettre cette passion de côté. Mais cela ne veut pas dire, qu’on peut aussi bosser dans n’importe quelle condition et pour n’importe quel prix.

Et bien, merci Oumar Sool pour nous avoir accordé cet entretien. Bonne continuation !

C’est moi qui vous remercie Afroguinée pour tout ce que vous faites pour le rayonnement culturel guinéen. Merci.

Interview réalisée par Syta Camara

www.afroguinee.com

A propos Fode Sita Camara

Journaliste reporter. Rédacteur en chef à ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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