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Sayon Bamba dénonce le refus de visas aux artistes guinéens

Sayon Bamba

La directrice générale de l’agence guinéenne de spectacles (AGS), Sayon Bamba n’admet pas la manière dont les artistes guinéens sont traités au Consulat de l’Ambassade de France en Guinée. Elle l’a fait savoir dans un courrier qu’elle a envoyé à l’Ambassade de France en Guinée. 

Dans cette lettre ouverte, Sayon dénonce le « refus » de visa à la grande majorité des hommes de culture de son pays natal.

Lisez extenso, ce courrier!

« Sayon Bamba
Le consulat de France
Les droits des êtres

Mon nom est Sayon Bamba et je suis la fille d’un homme immensément bon et d’une mère qui a réussi à élever tous ses huit enfants avec courage et dignité. Mes parents sont formidables et tout ce que j’ai de bon aujourd’hui restera toujours le fruit de leurs déterminations à exister dignement dans une société qui a souvent des contentieux avec son peuple.

Pour mieux me connaitre, laissez-moi vous parler de mes parents.

Mon père était Aviateur et petit-fils de l’Almamy Bamba Camara du village de Gnaguiyakhory à Koula situé dans l’actuelle préfecture de Coyah. Son père L’Almamy Mohamed Camara lors du passage dans les villages des Français, l’a inscrit pour aller à l’école parce qu’il ne lui servait pas à grand-chose au champ. Mon père a brillé par son assiduité, son intelligence à l’école. Il a perdu sa mère Sayon alors qu’il était allé continuer sa formation hors de la Guinée avant de revenir à la fin de ses études pour servir son pays. Toute sa famille a été directement impliquée quand pour libérer la France deux de ses oncles sont partis à Conakry pour rejoindre la France. Un des deux ne reviendra jamais.

Quand à ma mère, elle est la petite fille du roi Pévé Guilavogui de Bofossou (Macenta) et son père a servi l’armée coloniale pendant de longues années comme trésorier muté souvent de village en village au compte de la France. Elle a eu la chance ainsi de bien connaitre la Guinée et de parler plusieurs langues du pays. Elle rencontre mon père jeune pilote fringant et orgueilleux alors qu’elle est à l’école des sages-femmes.

Ils se marient quelques mois plus tard et s’installent à Conakry où ils donnent naissance à Mohamed mon Grand frère, moi Sayon et Saïd juste après. Après la naissance de Saïd ma mère décide de se recycler à l’Université pour faire pharmacie. Mon père la soutient et commence alors l’histoire qui sera toujours mon repère. J’ai pu voir un homme attentionné, dévoué à sa famille et prêt à tout pour que sa femme se réalise et existe par elle-même avec fierté et autonomie. Ils m’ont insufflés cette même rage. Ne jamais rester dans le fatalisme, sortir des sentiers battus, se battre pour ses convictions, être dans une action citoyenne, servir sa nation, soutenir les plus faibles et se retrousser les manches face à toutes discriminations de quelques natures qu’elles soient.
Des discriminations j’en ai subis des tonnes. Je suis une femme, premier facteur discriminant dans des sociétés où souvent la femme n’a pas son mot à dire.

A quand le premier vote des femmes ? Vous vous en rappelez ? C’était il n’y a pas si longtemps. A quand la première femme présidente ? Et si nous parlions des violences, de l’inégalité des chances entre hommes et femmes ?

Je suis une femme noire autre motif discriminatoire. Je suis d’origine Guinéenne troisième problème majeur en Occident. Même si nous avons été toute notre vie des Français, en fonction de nos origines on a droit, de manière officieuse certes mais nous y avons tout de même droit, à des procédures défiants toute logique et humanisme. Nous nous retrouvons même dans les classifications : première classe, classe économie…S’ils pouvaient mettre des étoiles comme pour les hôtels, certains n’hésiteraient pas à nous en priver. Dans les trains on pourrait même prendre des wagons à bestiaux pour nous y loger.

Je ne vais pas m’attarder sur tout ce qui constitue mon combat de tous les jours pour un meilleur monde pour les femmes, tous les peuples, qu’ils soient blancs, noirs, jaunes, rouges ou bleu. Tout le monde a sa place dans nos sociétés. La vie, la liberté sont des droits pour chaque être. Le respect de l’être et de toutes les nations du monde sont des devoirs à honorer.
On n’a pas le droit de manquer volontairement de respect à un individu de quelle qu’origine, religion, ou tendance sexuelle qu’il soit. Nous avons tous les mêmes droits.

C’est pourquoi, je vous adresse ce courrier qui j’espère fera réfléchir positivement notre première autorité de France dans ce beau pays « la Guinée ». Pays qui a souvent marché près de la France, avec un passé commun et un avenir certain. Nous sommes comme l’homme et la femme, les dents et la langue. Nous avons trop en commun et n’avons pas les moyens de couper le cordon. La France et la Guinée ont toujours eu besoin mutuellement l’une de l’autre. Nous devons donc respecter ce lien qui ne date pas d’aujourd’hui.

Je suis une fille de Conakry et une femme de Marseille. J’appartiendrais toujours à ces deux beaux pays dont je suis fière. Mon ambassadeur de la France reste mon garant et celui de mes enfants qui eux sont simplement Français. A l’heure où nous nous battons tous pour sortir du chômage, l’Etat (la France) a le devoir d’accompagner ceux qui sortent de la précarité, faisant ainsi économiser sur l’argent du contribuable français des sommes qui pourraient servir à d’autres nécessiteux. J’ai toujours eu de bons rapports avec mon pays à travers tous les Ambassadeurs qui sont passés en Guinée ces dernières années. Notre très cher Bertrand Cocherry fait partie de nos plus grandes fiertés quant à la manifestation positive de la France.

Je suis une victime du consulat de France de Conakry depuis l’arrivée d’une nouvelle équipe. Il est vrai que je n’ai pas voulu me laisser intimider par l’ami de Monsieur l’ambassadeur, qui ne voulait pas respecter des procédures Guinéennes pourtant très simples pour tous les nouveaux arrivants, lors de son festival de Jazz, mais la manifestation a pu avoir lieu dès après son passage à l’agence Guinéenne des spectacles.

Dès lors, je suis devenue « l’invisible » de l’Ambassade. J’ai pourtant le droit de demander à bénéficier des mêmes droits que tous les français résidants en Guinée. Je suis exclue d’invitation désormais même lors des récréatives de notre fête nationale. Fête que je ne rate jamais dans aucun pays. Notre Ambassadeur a devoir de m’aider et de me faciliter mon insertion professionnelle dans ce Pays où vous avez misé sur son esprit de rassembleur pour vous représenter dignement, de la manière la plus juste possible.

L’artiste que je suis, la militante du droit des femmes et des enfants suivra toujours les procédures administratives mises en place par l’Etat français. Néanmoins je ne me plierai pas à des demandes fantaisistes d’une consule totalement irrespectueuse des valeurs humaines.

Je suis programmée à la cité de la musique de Marseille le 16 Mars prochain et j’ai mis un point d’honneur à régler toute la démarche officielle qui se prête à l’exécution de mon spectacle. Des dossiers à la somme représentant le prix des visas tout a été fait jusqu’à la remise du bon de retrait des passeports. Le consulat qui pourtant n’accepte jamais de dossier incomplet nous a laissé repartir sans autre forme. Est-il imaginable que le statut d’un artiste Guinéen soit à confirmer par un centre culturel franco-Guinéen ? Nous avons il n’y a pas si longtemps accueillis Booba, maître Gim’s, Zaho et pourtant dans leur dossier de demande de visa pour leur équipe on ne leur a pas demandé l’attestation du ministre de la Culture Français, ni du directeur de Bercy. Il faudrait que la France sauvegarde son image et respecte la Guinée et les Guinéens.

Les Ministres se valent, les pays et les êtres aussi. On ne va pas empêcher les artistes africains de travailler en leur refusant des visas avec de faibles cachets quand en face on accueille des artistes Français sur payés qui ne fournissent jamais de justificatifs à l’administration Guinéenne!
Ne peut-on pas donner des visas plus longs avec entrées multiples à des artistes Guinéens pour être enfin dans une réelle volonté de réduire les migrations clandestines ? Ne peut-on pas respecter ses personnes qui donnent parfois de leurs vies pour faire passer les messages de tous ces politiques ? Ces artistes, ces journalistes qui prennent souvent la cause commune comme chemin de croix et se mobilisent à chaque fois que cela est nécessaire pour un meilleur monde ?

La citoyenne de France demande réparation. Je souhaite être présente auprès de mon Ambassade, avoir les passeports de mes enfants quand ils sont périmés, circuler librement avec mes artistes pour mes concerts à travers le monde et rester fière de mon pays la France.
Ce droit si durement acquis que je compte bien garder.

Je fini en vous disant que vous pourrez toujours compter sur ma loyauté et mon engagement en faveur de nos valeurs républicaines. Je serai toujours à votre disposition à la croisée des cultures de Guinée et de France.

Sincères salutations.
Sayon Bamba »

La copie transférée à  Afroguinée Magazine

A propos Fode Sita Camara

Journaliste reporter. Rédacteur en chef à ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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Un commentaire

  1. Je suis fière de takana et la culture guinéens.

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