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Maitre Barry : « grâce à mon saxophone j’ai fait le tour du monde » (Interview)

Maitre BAARY, le Saxophoniste guinéen

En ce mois de la musique, notre Rédaction a rencontré, à nouveau, le légendaire Saxophoniste guinéen, Mamadou Aliou Barry connu sous le nom de « Maître Barry », chef de l’orchestre AFRICAN GROOVE. Lisez notre entrevue musicalement relax !

Bonjour Maître Barry

Oui, Bonjour !

Quelles sont vos nouvelles ?

Mes nouvelles sont bonnes, je me porte bien par la grâce de Dieu. Je continue à jouer bien sûr. Je vis encore et je continue le combat. C’est la raison pour laquelle d’ailleurs que vous m’avez retrouvé en pleine forme.

Comment se porte votre orchestre AFRICAN GROOVE ?

Mon orchestre se porte très bien aussi. Pour preuve, de 2016 à 2019, nous avons fait quatre contrats en Europe. Avec ces accords, nous avons tourné pour le grand festival d’Angoulême et celui de Bordeaux où nous avions même fait un enregistrement en live qui est déjà sur le CD et il est international. C’est pour vous dire qu’AFRICAN GROOVE se porte très très bien et actuellement, nous sommes même en répétition.

Quelle a été votre chance avec cet orchestre ?

La chance que j’ai eue, est que mon orchestre joue dans des grandes festivités des fêtes d’anniversaires des pays amis de la Guinée et je peux en citer certains.  On a fait assez de 14 juillet ici. Tout dernièrement, nous avons fait la fête des 93 ans de la Reine d’Angleterre et nous avons joué à la Résidence de l’Ambassadeur.  Nous avons fait aussi quatre ans pour l’Ambassade d’Allemagne. Le 3 juillet encore pour la cinquième fois, nous allons être au rendez-vous des festivités des indépendances des États-Unis d’Amérique. Donc, je remercie le bon Dieu, parce que l’orchestre se porte merveilleusement.

Parlant de musique guinéenne, quelle est votre lecture de la chose. Êtes vous satisfaits du travail de la nouvelle génération ?

Ecoutez, je ne vais pas jeter de la pierre dans le jardin des autres ou critiquer ce qui se passe présentement. Je vais tout simplement résumer pour dire qu’une mauvaise organisation vaut mieux qu’une absence d’organisation.

Mais si vous parlez de satisfaction, elle n’est pas totale, en ce sens que si vous preniez l’ancien temps, ce que la musique guinéenne faisait à travers les grands orchestres tels que je cite : les Bembeya Jazz National, Kelètigui et ses Tambourinis, Balla et ses Baladins, Camayenne Sofa, Kaloum Star, Horoya Band National et beaucoup d’autres orchestres qu’ils soient nationaux ou régionaux, la Guinée était au rendez-vous de la musique africaine.

Bon aujourd’hui, c’est vrai que c’est du l’utile à l’agréable, les jeunes qui jouent maintenant, on ne peut pas dire que c’est mauvais, mais je pense qu’ils peuvent faire mieux. C’est pourquoi je ne vais pas les critiquer, je ne vais pas aussi dire qu’ils font bien. Voilà.

Justement, quel est le manque à gagner ?

Il faut créer des structures de formation, créer s’il faut un temple de la musique guinéenne. Parce que, nous qui voyageons, souvent on nous demande : où on peut trouver en Guinée, les CD des musiques d’antan ? Et les CD des musiques d’actuel ? Regardez, dans le pays, il n’y a aucune structure où une maison pour vendre ou valoriser la musique guinéenne. Tout, c’est sûr YouTube, c’est sûr Facebook etc… Mais pour dire, quand on vient en Guinée, on peut se diriger à tel endroit pour trouver tout ce qui est musique guinéenne, cela nous manque et c’est déplorable.

Êtes-vous prêts pour un transfert de savoir à la nouvelle génération ?

Dans mon orchestre il y’a présentement beaucoup de jeunes, il y’a même certains de l’ISAG [Institut Supérieur des Arts de Guinée NDLR] qui y viennent compléter leur savoir. Il y’a actuellement même une jeune femme qui apprend la batterie avec nous.

C’est pour dire que la porte est grandement ouverte à tout le monde. Mais, je ne suis pas prêt à aller dénicher les gens pour venir leurs apprendre ce que je suis entrain de faire. Je suis prêt à aider ceux qui croient à ce que nous faisons et qui souhaitent le renforcement de leur capacité. Faire la liaison entre les jeunes et nous, je voudrais tout simplement dire que la porte est ouverte. Mais qu’ils sachent que nous n’allons pas courir derrière eux, surtout que le rendement est gratuit et tout est gratuit pour la postérité. Donc, c’est eux qui doivent venir vers nous. C’est aussi simple que ça.

Voulez-vous dire que la formation est primordiale ?

Evidemment ! La formation avant tout.  Ce que je veux dire, c’est qu’actuellement, si je prends mon cas en Guinée, il n’y a plus de saxophoniste à part moi.  Et les jeunes ne veulent pas apprendre. Et qu’est ce que je dois faire ? Est-ce que j’ai les moyens de ma politique ? On va me dire l’ISAG. C’est vrai que l’ISAG est un atout, c’est déjà un avantage.  Mais allez à l’ISAG et enquêter en tant que journaliste, vous verrez qu’il y’a tout un manque de matériels et tout ce qui s’en suit.

L’ISAG, c’est bien beau, c’est le nom, mais est-ce qu’il a une rentabilité comme dans les autres pays où les jeunes savent lire la musique et tout. Mais lier l’utile à l’agréable, la pratique manque énormément. 

Le saxophone est l’instrument qui vous a donné respect et célébrité. Quelle est votre petit secret ? Et c’est quoi l’histoire entre vous et cet instrument ? D’où vous vient cet amour pasionnel ?

Si vous êtes prêts tout à l’heure, vous allez venir voir dans ma voiture, je roule avec mes saxophones du 1er Janvier au 31 Décembre.  Je les ai maintenant là, ils sont devenus mes enfants, c’est mon tout quoi (Rire). C’est cet instrument qui m’a donné la chance. C’est bien vrai que j’ai commencé par la craie [enseignement NDLR], tous mes anciens élèves savent que quand j’avais un cours de chant, je venais avec mon saxophone. Si vous venez un jour me visiter chez moi, dans ma petite chambre, dans mon salon, vous verrez que je suis un musicien qui a eu la chance de jouer sur le plus grand saxophone au monde. C’est un saxophone de 2 mètres et plus.

J’ai hérité le plus grand saxophone au monde et c’était en Belgique. J’ai cette photo accrochée dans mon salon. Et ça, c’est en Belgique à Dinan dans la maison du papa des saxophonistes ADOLPHE SAX et c’est lui qui a inventé cet instrument.

J’ai eu le privilège de visiter cette maison et de jouer le plus grand saxophone au monde. Donc, la complicité entre le saxophone et moi, est que j’ai gagné tout avec cet instrument et c’est vrai que c’est avec mon salaire d’Enseignant que j’ai payé mon premier saxophone. Aujourd’hui, étant à la retraite, je suis un saxophoniste qui continue à jouer et je respecte cet instrument.

Jusqu’où le saxophone vous a amené et quels sont les avantages qui en découlent ?

Le saxophone m’a donné la chance de faire le tour du monde, de jouer dans tous les grands festivals sur le plan international. Je suis allé aux Etats-Unis, au Japon etc…. J’ai encadré les Amazones de Guinée pendant près de 20 et quelques années en tant que saxophoniste depuis l’ancien régime jusqu’à maintenant. C’est après que quelqu’un est venu me remplacer. Donc, le saxophone est tout pour moi, et la complicité entre le cet instrument et moi, ça ne peut s’expliquer. Peut-être que je vais même manquer de dire certaines choses que j’ai vécu avec lui, mais il est tout pour moi.

N’est-ce pas le saxophone est devenu le bien partagé entre vous et vos enfants ? Parler nous de cette passion familiale

J’ai un fils qui a commencé par l’ISAG, il est de la deuxième promotion. Après ses études, je l’ai fait partir en France où il a fait la Musicologie à Paris.  Actuellement, il vit bien, il s’est marié.  Ses frères qui sont là, connaissent le nom  de tous mes saxophones. A chaque fois que ma voiture est nettoyée, ce sont eux qui mettent les saxophones dans la voiture.  C’est la chose que je n’oublie jamais.

Selon nos informations, vous dispensez aussi des cours à l’étranger

Oui, c’est affirmatif. J’ai fait les Masters Class, des ateliers sur la musique à l’étranger où je rencontre des grands saxophonistes aussi bien des Dames que des hommes avec lesquels on a fait des échanges de compétences. Je ne regrette pas cela.

Je fais des grands ateliers en Europe, j’ai fait plus de dix fois le festival d’Angoulême de 1983 jusqu’à ce jour, je suis le musicien qui tourne beaucoup sur le plan international. J’en suis très heureux, c’est une fierté pour moi. J’ai fait des ateliers en France au festival de jazz au Marciac où vous pouvez trouver tout un bâtiment contenant plus d’une soixantaine voire centaines de saxophones. Chaque élève avait son saxophone.

Un petit conseil aux jeunes avant de se quitter ?

Les jeunes n’ont qu’à profité pendant que nous y sommes. Car, nous avons cette force encore de donner quelques choses aux enfants.  Il ne faut pas laisser que le trop tard joue son jeu. Faut pas attendre qu’on soit au boulevard des allongés. Donc pendant que nous y sommes c’est maintenant ou jamais.

Merci, Maitre Barry pour cet entretien. 

C’est moi qui vous remercie

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Propos recueillis par Idy BAH pour AFROGUINÉE

 

A propos Fode Sita Camara

Journaliste reporter. Rédacteur en chef à ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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