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Oxmo Puccino et Ibrahim Maalouf pour Alice

Puissance 2 ! Au Pays d’Alice… Oxmo Puccino et Ibrahim Maalouf, tous deux adeptes du cross-over entre les différentes chapelles musicales, entre la musique et les autres arts, se réunissent pour revisiter l’univers merveilleux d’Alice au pays des merveilles, l’œuvre de Lewis Carroll.

 RFI Musique : Vous souvenez-vous de votre première rencontre ?

Ibrahim Maalouf* : Non, pas vraiment. Simplement, nous sommes depuis longtemps dans les mêmes sphères amicales et musicales. Ça fait déjà pas mal de temps que l’un et l’autre, nous avions envie de concrétiser un projet ensemble. Pour moi, au-delà même du hip hop, Oxmo est l’un des meilleurs auteurs en France.
Oxmo Puccino : Ibrahim m’a proposé de le rejoindre dans cette aventure. J’ai accepté parce que c’était totalement absurde : écrire douze chansons à partir d’Alice au pays des merveilles, composer la musique originale, tout ceci en huit mois et avec juste deux répétitions ! L’opportunité était trop belle !

Comment vous êtes-vous nourri du texte de Lewis Carroll ?
OP : J’ai relu plusieurs fois le livre, en prenant des notes. J’avais besoin de bien l’appréhender pour mieux m’en détacher en créant mon propre monde. L’histoire en soi est extraordinaire, mais elle reste à distance de ce que l’on vit aujourd’hui. J’ai donc choisi de la rapprocher de notre époque, pour la rendre palpable. Alice, ça peut être notre voisine ; le lapin transi, c’est vous qui n’osez pas déclarer votre flamme ; la Reine est paranoïaque et imbue de son pouvoir ; le roi, soumis…Tout ceci est transposable à 2014. N’importe qui peut s’y retrouver.

Il y a une dimension très psyché, tant dans les textes que dans la musique…

OP. Totalement. L’œuvre originale était déjà hallucinatoire pour les mœurs de l’époque, mais Lewis Carroll opère de façon plus discrète. Moi, je me suis laissé aller : la chenille est une dealeuse qui fume le narguilé, Alice plane au point d’oublier sa poésie… C’est un voyage où l’on souhaite que l’auditeur se perde, même celui qui a ses repères dans l’histoire originelle. J’ai tout réécrit ! Il fallait que ce soit plus incisif, plus en phase avec l’écriture rap. Je voulais être un peu plus cynique, tout en gardant le même décor, la même trame.

Comment avez-vous fonctionné : en paire, en parallèle ou en ping-pong ?
IM. Ça a été magique. Et je ne dis pas ça pour le bon mot. Oxmo a travaillé dans son coin, en me faisant confiance, et moi de même. Et puis nous nous sommes réunis, j’ai posé ses textes sur ma musique : tout collait ! Direct.
OP. Je continuais à finir les textes pendant la première représentation, même si l’essentiel était bien sûr là : couplets, refrains… Pour les dernières versions, cela n’a été qu’un problème d’interprétation, je n’ai quasiment rien réécrit. Entre la présentation au festival d’Ile de France en 2011 et trois ans plus tard, la version pour le disque, il y a tout au plus dix mots qui ont changé.
IM. Et pour la bande-son, c’est pareil : j’ai dû ajuster une poignée de notes, notamment celles qui se répétaient en live – pour donner suffisamment de places aux performances des trapézistes qui étaient associés à la création… Je les ai volontairement raccourcies, car cinq minutes qui tournent en rond, ça n’a pas de sens sans le visuel. Mais nous allons revenir sur scène, et ce sera exactement la partition de 2011.

Justement, quelle est la part laissée à l’improvisation ?
IM. J’ai des plages et certains musiciens aussi, avec ou sans les cordes ou le chœur. J’ai essayé de jongler avec les formules orchestrales. Un tel dispositif est contraignant, mais c’est aussi la possibilité de varier les plaisirs.

Comment d’une création en 2011, on arrive à un disque en 2014 ?
IM. Pour être honnêtes, nous étions super fiers de ce projet, qui a quand même demandé un an de travail. Trop de créations ne sont jouées qu’une fois. Nous avons refusé cette fatalité, très française. Ce n’était pas possible d’en rester là. J’ai donc choisi de produire cet album, ce qui représente un vrai investissement. C’est bien plus lourd que mes précédents disques, mais je voulais garder le contrôle, nous donner les moyens d’être fidèles à notre création.
OP. Cette sensation, cette émotion, que nous avions vécue avec un public, nous voulions la partager avec d’autres, mais surtout en premier lieu la revivre !

En février 2015, vous proposez de nouveau ce spectacle sur scène à la nouvelle Philharmonie de Paris…
IM. Ça devrait être plus simple que la première fois, où c’était un vrai casse-tête. Il y a deux différences : contrairement à 2011, il ne s’agira que de musiciens professionnels – une des contraintes de la création était le chœur d’amateurs et j’avais pris des étudiants d’orchestre –, dont la maîtrise de Radio France. Et il n’y aura pas de trapézistes : place à la musique, sans trop faire de show off.
 


Ibrahim Maalouf & Oxmo Puccino Au pays d’Alice (Mi’ster/Harmonia Mundi) 2014
Page Facebook d’Ibrahim Maalouf

*Ibrahim Maalouf vient de recevoir le Grand Prix du Jazz de la Sacem.
Page Facebook d’Oxmo Puccino

En concert du 5 au 8 février 2015 à la Philharmonie de Paris

 

A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de la Publication du Groupe ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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