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Pourquoi y aura-t-il un avant et un après Black Panther ?

Article extrait du dernier trimestriel de printemps de Regards.

« C’est donc cela que vous ressentez vous les Blanc.he.s lorsque vous allez au cinéma ? » L’exclamation de cet homme afro-américain extatique face à l’affiche du film Black Panther avant même sa sortie a fait le tour du web. Pour la première fois, cet homme noir se trouvait face à la représentation d’une histoire de super héros dont la quasi intégralité des protagonistes sont noir.e.s. Et son propos résume parfaitement l’enjeu porté par l’existence d’une telle œuvre.

Black Panther raconte l’histoire de T’Challa, le prince héritier du royaume fictionnel de Wakanda, situé quelque part en Afrique. Ce pays jouit d’un savoir-faire technologique exceptionnel dont T’Challa tire ses super pouvoirs. L’histoire se déroulant sur le continent africain, ses protagonistes sont dans leur quasi intégralité des personnes noires.

L’Afrique réimaginée

Depuis l’annonce de la production de cet opus Marvel, je suis avec attention toutes les annonces relatives à ce film. Le choix du réalisateur Ryan Coogler m’a semblé tout à fait audacieux. Celui-ci s’est fait connaître grâce à son film Fruitvale Station, remarqué au Festival de Sundance, dont l’intrigue narrait la tragique dernière journée d’Oscar Grant, un Afro-Américain mort en 2009, abattu par un officier de police blanc. Qu’un réalisateur capable de s’emparer d’un thème aussi symptomatique de la place des minorités aux États-Unis prenne les rênes d’un tel blockbuster était prometteur.

Mais je dois avouer que j’avais des craintes. Craintes que le film ne soit qu’une succession de prouesses esthétiques incapables de tenir leurs promesses filmiques et narratives. Craintes qu’il ne se joue trop des codes des films de super héros dont je suis fan. Crainte qu’il ne soit boudé par le public. Et finalement, le film est un immense triomphe dont les recettes vont bien au-delà des prévisions du mastodonte Disney, propriétaire de la marque Marvel, pourtant habitué aux succès colossaux.

Pourquoi ce film compte-t-il autant ? Black Panther déconstruit l’image habituelle de l’Afrique. Les Africain.e.s qui y figurent sont dignes et fièr.e.s et n’attendent aucun secours des pays dits occidentaux. Tête haute, ils.elles arborent fièrement des tenues et des coiffes traditionnelles dont le stylisme, conçu par la talentueuse Ruth E. Carter, est inspiré de créations qui existent sur tout le continent. Ces tenues, habituellement toisées d’un regard teinté de mépris lorsqu’elles sont arborées par des Africain.e.s immigré.e.s vers le Nord, sont l’essence même de la beauté que portent les peuples wakandais. Une beauté qui ne tire pas sa légitimité des canons européens imposés dans le monde, par suite des différentes vagues de colonisation, loin de cette beauté formatée dont les conséquences sur l’estime de soi des peuples dominés sont toujours visibles.

Humains à part entière

Mais le tour de force de ce blockbuster, réside surtout dans le fait d’avoir placé les Africain.e.s noir.e.s au centre de l’histoire. Pour la première fois, nous, Noir.e.s citoyen.ne.s de pays occidentaux, biberonné.e.s par les productions d’Hollywood, pouvons voir une superproduction américaine dont les héros nous ressemblent. Pour la première fois, les personnages blancs ne sont pas au premier plan. Ils ne sont ni les plus intelligents, ni les plus beaux, ni les plus intéressants. Le Wakanda n’a pas besoin d’un white savior (sauveur blanc) pour subsister. Le seul personnage blanc qui en foule le sol est déstabilisé par la science qu’il y découvre. Il doit apprendre des Wakandais.e.s pour leur être utile dans leurs luttes.

Pour la première fois, les héros.héroïnes sont des noir.e.s dont la carnation est foncée, celles et ceux qui appartiennent à la catégorie la plus stigmatisée sur l’échelle esthétique. Dans Black Panther, les femmes noires sont puissantes. Ce ne sont pas des femmes dépendantes ou des victimes, ni des domestiques serviles ou des fantasmes exotiques dont les corps sont le support des projections les plus animalisantes. Elles n’ont pas la peau claire des rares femmes noires qui sont validées par l’espace mainstream, elles ne portent pas de cheveux raidis qui flottent au vent. Leurs cheveux crépus – tressés, coiffés en afro ou en splendides dreadlocks – ornent leurs têtes telles des couronnes.

Pour une fois, les Noir.e.s sont des humains à part entière. Les personnages sont multiples, tant sur le plan de leurs phénotypes que de leurs personnalités. Au contraire des films qui se contentent de parsemer leurs intrigues d’un ou deux personnages noirs, Black Panther montre enfin la complexité de l’humanité noire. Il donne aussi à voir le caractère plastique et diasporique des identités noires en mettant en scène les tensions qui peuvent exister entre les différentes communautés africaines et afro-descendantes. Bien entendu, le film n’est pas parfait, il porte largement la matière susceptible de susciter des questions et des critiques quant aux options politiques qu’il propose. Je retiens toutefois une chose : il m’a fallu traverser quatre décennies pour enfin pouvoir me projeter pleinement dans un film de cinéma qui bouscule la société de manière globale. Et c’est Black Panther qui a accompli cette prouesse.

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A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de la Publication du Groupe ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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