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Sayon Bamba : « Les artistes ne font pas un plan de carrière »

Dans un entretien accordé à nos confrères de Soleil fm Guinée, l’artiste Sayon Bamba est revenue sur son parcours d’artiste et le défi de la musique guinéenne au plan national et international. 

soleilfmguinee : Parlez-nous de votre parcours dans la musique ?

Sayon Bamba : Je suis venue dans la musique depuis toute petite. J’écoutais beaucoup de musiques avec mon père. Je regardais aussi des matchs de football et de boxe avec lui. Et un jour, je regardais la télé avec lui, j’ai vu une femme qui chantait sur la place publique. C’est après que j’ai su que  c’était Miriam Makeba. Du coup, ça a été un déclic et je me suis dit qu’un jour je serai comme elle. C’était dans les années 80. Et par la suite, je me suis intéressée à la musique et je chantais à l’école. Et chaque fois qu’il y avait la manifestation culturelle au lycée Sainte-Marie, je chantais. Et dans les années 95, j’ai atterri dans les ‘’Amazones de Guinée’’. Parallèlement, j’ai été sélectionnée par le Théâtre national de Guinée comme comédienne. Donc, j’ai mené cette double carrière pendant deux à trois ans avant d’aller à Marseille en 1997.  En 1998, j’ai décidé de m’y installer pour continuer mes activités artistiques. A Marseille, j’ai travaillé dans le milieu du cirque, dans le théâtre de rue. J’ai fait aussi du théâtre de salle. Dès 1999, j’étais intermittente du spectacle.

Avez-vous accompagné certains artistes ou des cinéastes guinéens avant ?

Avant de quitter la Guinée, j’étais chanteuse des Amazones. J’ai été contactée par le groupe ‘’Standard’’ de Petit Condé pour faire l’évènement ‘’La nuit des femmes d’Afrique‘’ qui avait été organisée au Palais du Peuple, où il y avait Tchala Muana, Yondo Sister et Charlotte M’Bango comme invitées. Idi Kouyaté et moi, nous avons assuré les chœurs pour cette formation. En France, j’ai beaucoup travaillé dans les créations. Je n’ai pas seulement travaillé avec les Guinéens, j’ai plutôt côtoyé le milieu professionnel français et mondial. J’ai travaillé avec les Français, les Brésiliens, des Indiens. J’ai aussi travaillé dans l’administration culturelle. J’ai fait la formation par rapport à la gestion des groupes et à la gestion d’une salle. J’ai même été gérante d’une salle de spectacle à Marseille. En 2008, j’ai ouvert ma propre salle de spectacle jusqu’en 2011, l’année à laquelle j’ai fermé pour aller vivre à Bruxelles. J’ai fait un studio d’enregistrement avec un collectif d’artistes marseillais. C’est un studio qui fonctionnait bien. Et quand j’ai quitté Marseille, j’ai cédé ma part à mes copains musiciens.

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Combien d’albums ou de singles avez-vous à votre actif ?

J’ai quatre disques à mon actif, qui sont essentiellement vendus partout dans le monde. Malheureusement pas en Guinée. J’ai un disque qui est sorti fin 2011 qui s’appelle ‘’discothèque’’ et c’est ce disque qui m’a révélée en Guinée, parce que les Guinéens ne me connaissaient pas beaucoup. Et, je suis en train de préparer justement un compil pour fêter mes dix ans de carrière solo en février 2016. Je sortirai ce CD, je ferai des spectacles au Centre culturel franco-guinéen (CCFG) du 4 au 6 février 2016. Je vais aussi sortir un livre que j’ai écrit sur le ‘’Manding’’

Pourquoi vos albums ne sont pas vendus en Guinée, sauf à l’étranger ?

Parce que je n’avais pas de producteur guinéen. Et pour trouver un producteur guinéen, il faut vivre en Guinée ou en tout cas, il faut avoir quelqu’un qui est tranquille ici. Moi j’avais des producteurs en France et ils ne connaissaient pas le terrain de la Guinée. J’avais signé un jour avec Yarssadou, et par la suite je crois que l’agence a fermé et ça n’a pas progressé. Toujours est-il qu’il y a d’autres producteurs sur la place, moi-même j’ai monté mon label qui se nomme ‘’Solio Académie’’ et je m’apprête à sortir maintenant mon prochain disque.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

C’est la femme, les enfants, la sensualité, le rythme, et l’envie d’être heureux. C’est ce qui m’inspire.

Pourquoi un long silence de Sayon Bamba sur la scène musicale guinéenne ?

Je ne dirai pas un long silence parce que j’étais beaucoup regardée à la télé. Et j’ai fait des spectacles il y a quelques mois. Et puis j’aime bien respirer, prendre du temps, aller faire des vacances en France. Mais je prépare des spectacles en février comme ce que je vous ai expliqué tout à l’heure. Je repars en tournée en France à partir de janvier. Donc, je fais des choses tranquillement sans trop de pression, parce que j’ai beaucoup tourné avant. Maintenant, j’aspire à une vie un peu plus calme.

Depuis que vous avez commencé ce métier, pouvez-vous nous brosser quelques difficultés auxquelles vous êtes confrontée ?

Les difficultés sont les mêmes partout. Mais est-ce que ces difficultés vont nous arrêter ? Je dirai non. Je ne dis pas que je n’ai pas de difficultés, ce n’est pas évident, mais on s’en sort. Je dirai que les difficultés sont des forces pour nous.

Quels sont les nouveaux projets de Sayon Bamba ?

Je suis en train de travailler sur un single qui va sortir pour la fête de fin d’année pour mes fans. J’en ai fait le clip. Donc dans une semaine, on va commencer la diffusion de ce travail. Suivra le CD dont je vous ai parlé en février 2016. Je vais faire deux semaines de création à Marseille et deux semaines à Conakry. Le spectacle aura lieu donc en février. Le 8 mars aussi, je vais aller chanter du côté de Martigues, dans le sud de la France. J’y vais trois fois dans l’année pour monter ce spectacle avec des jeunes élèves des écoles de la ville. Ici aussi, je suis la nouvelle conseillère culturelle de l’établissement Koffi Annan, où je fais des programmations culturelles, j’essaye de proposer des artistes, de créer une connexion entre l’université et l’extérieur. Je travaille beaucoup sur l’image de l’école sur le plan culturel.

Quels sont les bénéfices que vous avez accumulés dans ce métier ?

Le seul bénéfice, c’est l’expérience et le voyage. Le voyage nous enrichit plus que les restes. Moi j’ai trop galéré. Comme je le dis, j’ai recommencé à zéro ma vie. J’ai laissé des meubles quelque part pour aller tout reconstruire dans un autre pays. Mais le fait de partir et de voyager m’a toujours permis d’apprendre la vie et des gens que je rencontre. Donc la richesse fondamentale, c’est l’être humain d’abord.

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Certains qualifient aujourd’hui la culture de parent pauvre. Selon vous, qu’est-ce qu’il faut pour la culture guinéenne ?

Il faut du sérieux, mettre un plan d’action et s’y tenir. En Guinée, on manque souvent de ça. Les artistes ne font pas de plan de carrière. Ils disent juste je vais sortir un CD. Mais qu’est-ce qui se passe après un CD ? On ne sait pas. Donc, il faut toujours construire l’avant CD, pendant et après. Ceux qui nous dirigent aussi, il faut un véritable plan d’action, il faut faire des bilans pour savoir ce qui a marché et ce qui n’a pas marché. Les gens ne se remettent pas souvent en question aussi.

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A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de la Publication du Groupe ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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