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Sidiki Diabaté, la kora autrement

Récompensé dès 2010 dans son pays alors qu’il avait 19 ans pour ces qualités de beatmaker et compositeur, le Malien Sidiki Diabaté voit sa cote de popularité grimper en flèche en Afrique francophone.

Fils du musicien de référence Toumani Diabaté, il cherche à être un ambassadeur de la kora, instrument que l’on pratique dans sa famille depuis 72 générations. Avec son premier album Diabateba Music, il l’inscrit dans les sonorités urbaines de son époque.

RFI Musique : Entre l’album avec votre père, Toumani & Sidiki paru en 2014, et cet album Diabateba Music, il y a un très grand écart de style. Est-ce pour montrer que vous êtes différent ?
Sidiki Diabaté :
Je suis issu d’une famille de griots donc les premiers projets musicaux ont forcément été des projets qui allaient dans ce sens. Mes parents nous ont imprégnés très tôt de cet univers, j’ai pris des cours de musique très jeune. Mais il n’y a jamais eu de dualité entre la tradition et les musiques que j’écoute tous les jours. L’album avec mon père est différent, car il n’y a pas de chant dessus. Pour les titres de mon album Diabateba Music, j’ai voulu apporter la kora dans les styles musicaux que j’écoute. Ce n’est pas dans le but de marquer une différence, mais plutôt de faire découvrir la kora à tous ceux qui écoutent des musiques telles que le hip-hop, la soul, etc. C’est la rencontre de deux univers : la musique traditionnelle et la musique urbaine.

Avez-vous un procédé particulier pour que la kora trouve sa place dans un univers où on ne l’attend pas ?
Je sors toujours deux versions de mes titres. Une première version sans kora, et la version définitive avec la kora. Je veux que les gens se rendent compte de ce que la kora apporte. Dans le titre Fais-moi confiance, par exemple, il n’y a pas match : la version avec la kora gagne haut la main ! Souvent, les gens disent qu’il y a un truc qu’ils adorent dans cette musique, mais ils ne savent pas ce que c’est. Moi, je sais : ce sont ces petites notes de kora !

Y a-t-il un âge pour commencer à jouer de la kora ?
On m’a mis une kora dans les mains avant même de m’apprendre à parler ! J’ai eu plusieurs “maîtres”, dont mon père. C’est un héritage qui se transmet de père en fils depuis des siècles. Mes frères également, Balla Diabaté et Hamed Diabaté, ont appris à jouer de la kora depuis leur plus jeune âge. Nous avons également appris à jouer d’autres instruments : guitare, piano… L’apprentissage de la kora, comme tous les instruments, requiert de la patience. Cependant, contrairement aux autres instruments et aux autres musiciens, il y a une relation particulière entre le joueur de kora et sa kora. On sait qu’on a un héritage entre les mains.

Votre concert à Abidjan en mai 2016 au Palais de la culture s’est déroulé devant un public survolté. Est-ce que le coupé-décalé ivoirien pourrait s’accommoder d’une kora ?
Le concert à Abidjan était unique, je n’oublierai jamais l’accueil qui m’a été fait. Non seulement il y avait du monde, mais le public était vraiment chaud du début à la fin. Mon équipe et moi-même étions vraiment surpris, c’est comme si nous jouions à la maison. La kora peut s’adapter à tout, c’est sa force. À moi de faire les bons choix et de l’emmener au bon endroit. Bien sûr que le coupé-décalé et la kora donneraient quelque chose de magique. Je suis actuellement en train de préparer des titres avec DJ Arafat, je pense que ça va être très intéressant comme collaboration.

Est-ce qu’il y a dans l’album une chanson qui a servi de direction ?
La chanson qui a servi de base, c’est Douaou Djabira. Je voulais vraiment faire un titre pour remercier mon père et ma mère de m’avoir soutenu en tout temps. Je voulais aussi faire des chansons pour la jeunesse malienne afin de les encourager, des chansons sur les relations amoureuses en racontant différentes anecdotes. Je pars souvent de choses que je vis ou que mes proches vivent, je pense que c’est pour cela que ça parle aux gens, ils se reconnaissent dans mes chansons.

On a parfois l’impression que le rap qui vient d’Afrique est plus “sage” que le rap occidental : est-ce justifié, selon vous ? Votre vision du rap est-elle proche de celle de Booba, qui vous a invité sur scène à Bercy il y a quelques mois ?
Le rap d’Afrique est comme partout ailleurs, les codes sont les mêmes. Donc tu auras du rap conscient, des clashs, de l’egotrip, du freestyle, de l’improvisation. Je ne pense pas qu’il soit plus sage qu’ailleurs, il y a parfois des dérives. Mais je pense que le rap d’Afrique peut avoir son identité propre que ce soit au niveau musical ou au niveau du fond. Booba est quelqu’un que je respecte énormément, je l’ai souvent écouté lorsqu’il sortait ses albums. C’est quelqu’un que l’Afrique francophone suit depuis ses débuts.

Pourriez-vous faire une version afrodance de traditionnels mandingues comme Kaira ? Y aurait-il des limites ?
Je pense que je pourrais revisiter des titres traditionnels, mais il est évident que je ne pourrais pas le faire sans l’accord des anciens. De plus, il faudrait que j’arrive à conserver l’âme des titres, ne pas les dénaturer.

 

Sidiki Diabaté, Diabateba Music vol.1 (Keyzit) 2016
Page Facebook de Sidiki Diabaté

En concert le 17 septembre à Paris à La Cigale

Source : www.rfimusique.fr

A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de la Publication du Groupe ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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