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Lino, lyriciste de choc : Nouvel album, Requiem


Dix ans d’attente depuis le premier album soloParadis Assassiné : le moins que l’on puisse dire, c’est que les fans de Lino auront dû prendre leur mal en patience. La moitié d’Ärsenik (le groupe qu’il a fondé avec son frère Calbo) travaillait depuis longtemps à ce Requiem qui voit enfin le jour.

 Déjà fin 2013, on l’avait rencontré en studio, chez son réalisateur Tefa, pour une sortie supposée imminente. Seulement voilà : Lino est un grand perfectionniste, et un fin connaisseur de l’air du temps. Un temps qui est aux textes avec guère plus de fond qu’un petit bain dans une piscine municipale, alors que lui, propose un océan de rimes profondes et de punchlines définitives.

Les amateurs de ce lyriciste d’exception ont tous en tête son répertoire sans fin. Au hasard (ou presque) : « On me dit ‘Oublie l’esclavage’ mais j’ai La Haine comme Kassovitz/ On n’demande pas aux Juifs d’oublier Auschwitz », « Tu veux que je ponde des trucs soft dans ma discographie/ J’avais déjà le troisième doigt dressé dans mon échographie », « J’suis vulgaire comme les ruelles sont cruelles/ Et c’est cette putain d’époque qui change les Marc Dutroux en Père Noël ».

On pourrait continuer longtemps tant le statut de meilleur parolier du rap français colle à Lino comme un tube de Superglu©, et ce n’est pas ce nouvel opus qui fera dire le contraire : on y trouve un catalogue de phases dignes de rentrer au panthéon de la rime assassine.

Ainsi « Fêlé, j’suis l’élu m’a dit l’oracle, l’électron libre, j’ai l’aura qui luit sous la lune/Lance des litres de lyrics et les livre comme des lamelles dans l’alu » ou « Ils me visent comme si j’avais giflé BHL avec un exemplaire de Mein Kampf ». Sur Wolfgang, il glisse le sublime acronyme « Beretta Franklin ». Un titre qui a une histoire, puisqu’on en a découvert une version réduite au premier couplet en 2012 dans l’étrange album de Lino Radio Bitume, sorti sans l’autorisation du rappeur.

Lino s’explique : « Radio Bitume, à la base, c’était une mixtape. Ça faisait un bout de temps qu’on n’avait pas sorti de disque, depuis Noyau Dur et le second Bisso Na Bisso. Après il y a eu des problèmes parce que le mec avec qui on a bossé était complètement fatigué, c’était un bordel total. Il n’a pas fait le boulot. Tefa, je le connais depuis longtemps, depuis Mission Suicide, les 2Bal, on est de la même génération. On s’était vus ici, au studio, après Radio Bitume, et on a parlé de faire un album ensemble. Vu que je suis un perfectionniste maladif, c’est difficile quand ça ne correspond pas à ma vision. Donc, pour rectifier le tir il fallait que je sorte un album. J’ai appelé Tefa et j’ai dit ‘Viens, on part direct sur l’album’. Tu connais la compétence de Tefa, il a fait ce qu’il avait à faire, et j’ai signé un contrat avec AZ (un label d’Universal Music, NDR). Bizarrement j’ai toujours travaillé dans le confort. Je n’ai jamais souffert de ce genre de problématique ».

Cette collection de 15 titres est un mélange assez efficace entre titres durs (VLB) et accessibles (De rêves & de cendres, avec un sample du morceau Youth de Daughter). On y trouve aussi un clin d’œil appuyé au « chanteur énervant » avec Le Flingue à Renaud. « Je suis un fan de Renaud, même s’il a critiqué le rap assez salement. Je connais vraiment sa discographie. Le concept du morceau, c’est par rapport à sa chanson Où est-ce que j’ai mis mon flingue ?” (adapté par Big Red sur la compilation Hexagone 2001, NDR). À la base, c’est moi qui devais le reprendre. C’est ça qui m’intéresse dans le rap. J’aurais bien aimé qu’il vienne sur mon album, qu’il fasse un petit truc ».

Artiste fraîchement quarantenaire, Lino n’a pas l’intention de se travestir pour plaire au public des collèges. « J’ai envie de parler aux mecs de mon âge. Quand on dit que le rap doit parler aux jeunes, ça n’a pas de sens pour un artiste, on ne doit pas calculer ce genre de chose. Si je dois me dire qu’il faut que je parle aux jeunes, je suis mort ! Un artiste qui a quinze piges, dans son logiciel, il parle aux mecs de son âge. Pareil pour moi. Mais un jeune peut rentrer dans mon univers, essayer de comprendre comment nous, on a perçu telle chose, c’est ça qui est intéressant. Un artiste, il t’amène dans son salon, il t’amène dans sa maison. Je n’ai pas à parler aux petits jeunes, ça n’est pas mon rôle ». Une intégrité payante puisque Requiem a fait un excellent démarrage, prouvant ainsi que le talent payait. La meilleure nouvelle de ce début 2015 pour le rap français.

Lino Requiem (Capitol/Universal Music) 2015
Page Facebook de Lino

A lire aussi :
le Noyau Dur du rap
(01/02/2006)

Lino (15/09/2005)
Ärsenik (07/06/2002)

A écouter : la rencontre avec Lino dans La Bande Passante (19/01/2015)

Par Olivier Cachin

TAGS : RapFrancealbumLino

A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de Publication de ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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