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POUVOIR/OPPOSITION EN GUINEE: l’introuvable modus vivendi


Le landerneau politique guinéen sera sous les feux de l’actualité cette semaine. Sans avoir jamais été un long fleuve tranquille au regard de la tension permanente entre le pouvoir et l’opposition, les eaux du marigot politique seront encore plus agitées à partir d’aujourd’hui.

En effet, c’est ce 12 février que le chef de l’Etat, Alpha Condé, doit rencontrer l’opposition politique pour évoquer notamment l’organisation des élections législatives programmées, jusque-là, pour le 12 mai prochain. Mais il va se retrouver seul à la table ou, à tout le moins, sans les principaux leaders de l’opposition qui ont déjà fait savoir qu’ils vont boycotter la rencontre. S’ils snobent le chef de l’Etat, ce n’est pas pour rester dans leur salon. Les opposants comptent, en effet, organiser, le 13 février, une marche dans la capitale Conakry entre l’aéroport et l’esplanade du Palais du peuple. Au cours de celle-ci, ils prévoient dénoncer la gouvernance de Alpha Condé dont ils vont d’ailleurs demander « le départ » du pouvoir pour avoir failli. L’opposition compte également se faire entendre à travers une journée « villes mortes », le lendemain 14 février, sur tout le territoire national.

Si le pouvoir peut renoncer à sa rencontre faute de partenaires autour de la table, ce n’est pas le cas de l’opposition qui est déterminée à donner de la voix. Il n’y a peut-être que le drame qui a frappé le pays hier, avec la mort, dans un crash d’avion près de Monrovia au Libéria, du chef d’état-major des armées, le général Souleymane Kelefa Diallo, et de neuf autres personnes de sa délégation, qui puisse l’amener à mettre sa marche et sa journée « villes mortes » en veilleuse, le temps d’observer un deuil. Mais à l’heure où ces lignes étaient tracées dans l’après-midi d’hier, les opposants à Alpha Condé n’avaient rien changé à leur programme de la semaine. Il y a donc de quoi craindre de nouvelles violences étant donné que des manifestations de l’opposition donnent généralement lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre.

Cette fois encore, il y a de sérieux motifs d’inquiétude. Déjà, Alpha Condé a fustigé, le week-end écoulé, l’attitude des opposants qui veulent « bloquer » le pays, qui sont « jaloux » de ce que son régime a réalisé en peu de temps ce que certains d’entre eux ont été incapables de faire en 25 ans. Dès lors, on se demande bien si l’opposition sera autorisée à manifester. Dans le cas où l’opposition n’obtiendrait pas gain de cause, obtempérerait-elle ? Et on peut être sûr et certain que si elle décide de passer en force, ce sera bonjour la violence et la casse. Et dire que toute cette agitation concerne les élections législatives qui devaient être organisées dans la foulée de l’élection présidentielle du dernier trimestre de 2010 ! Depuis tout ce temps, pouvoir et opposition ne parviennent pas à trouver un modus vivendi. Certes, les points de désaccord ont diminué au fil du temps, mais ils n’ont pas tout à fait disparu.

Après s’être étripés par rapport à la composition de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), les acteurs se regardent toujours en chiens de faïence autour de deux points. Le premier est le choix d’un nouvel opérateur pour la révision du fichier électoral en remplacement du Sud-africain Waymark et le second, la prise en compte du vote des Guinéens de l’étranger. L’opposition en fait des conditions préalables à sa participation aux élections dont elle menace d’empêcher l’organisation si le pouvoir fait la sourde oreille.

Les législatives étant fixées au 12 mai, il est plus qu’urgent de s’accorder pour que le pays puisse enfin avoir une Assemblée nationale. La classe politique, dans son ensemble, devrait avoir honte d’une telle situation qui permet à Alpha Condé de gouverner, depuis plus de deux ans, tout seul, sans contrôle ni contre-pouvoir, comme dans une monarchie.

Séni DABO

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A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de Publication de ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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