Sept ans après le premier M.I.L.S., Ninho dévoile le quatrième du nom, nouvel épisode d’une série qui a accompagné son ascension fulgurante. Entre rap frontal, mélodies et introspection, le rappeur revient à ce qui a fait sa force, sans surprendre.
Recordman du nombre de singles certifiés dans l’histoire de la musique française, Ninho signe son retour avec M.I.L.S. 4.0., nouvel épisode d’une saga entamée il y a dix ans. Le premier opus, paru en 2016, l’avait propulsé sur la voie du succès, avant sa consécration avec l’emblématique Destin (2019), double Disque de diamant et jalon majeur de sa discographie. Depuis, le rappeur originaire de l’Essonne n’a cessé d’empiler les records. En mai dernier, il remplissait deux Stade de France consécutifs, une première dans l’histoire du rap français.
Comme plusieurs figures majeures du rap français, Ninho a également vu sa trajectoire marquée par des controverses. En 2022, dans le cadre du mouvement #BalanceTonRappeur, Ninho et les membres de son équipe font l’objet d’accusation de viol en réunion par deux femmes sur le réseau X. Aucune information judiciaire n’a, depuis, été rendue publique à ce sujet.
C’est au même moment que le rappeur racontait, sur Jefe (2022), son succès devenu vertigineux. Il s’y plaçait en observateur de sa propre réussite, contemplant le monde depuis son sommet. Ses projets suivants n’ont pourtant pas rencontré l’écho espéré.
Avec NI (2023), le Français d’origine congolaise misait sur l’international en s’entourant du Britannique Central Cee, de l’Etasunien Lil Baby et des Nigérians Omah Lay et Ayra Starr, sur un projet ambitieux et ouvert. Malgré une certification triple platine, l’artiste se dit alors déçu par ses ventes, tandis qu’une partie du public regrette un effacement du rap frontal et un manque de prise de risque.
Suit GOAT, projet co-réalisé avec le roi de la trap Niska, qui s’inscrit aussi dans une dynamique contrastée. Attendu, le projet ne dépasse finalement pas le platine, marquant un léger coup d’arrêt dans l’ascension jusqu’ici linéaire de Ninho.
Calibré pour réussir ?
M.I.L.S. est l’acronyme de « Maintenant ils le savent ». Chaque volume de cette série de mixtapes a marqué une étape dans l’évolution artistique du rappeur de Longjumeau. Au fil des années, Ninho y a affirmé sa capacité à conjuguer rap frontal et mélodies grand public.
M.I.L.S 4 s’inscrit clairement dans ce retour aux fondamentaux. Et il est peu dire que le Jefe est revenu déterminé. Fidèle à ses habitudes, il ouvre le projet avec une introduction puissante et lyrique, avant d’enchaîner cinq titres portés par un flow agressif, alternant trap et drill sur des instrumentales sombres. Parmi eux, « +971 » se distingue par une production particulièrement marquante.
La bascule intervient sur « J’ai pas changé », où Ninho mêle storytelling et mélodie nostalgique. Un tube en puissance, dont seul Ninho a le secret. « Au 33e », dans la même veine, repose sur un piano et une guitare qui accompagnent une voix posée. Sur MILS 3.0., Ninho livrait déjà sa « Lettre à une femme », morceau touchant malgré des paroles pouvant être qualifiées, au bas mot, de maladroites.
Avec M.I.L.S 4, il propose cette fois sa « Lettre à un fils », succession de conseils intimes sur la vie, la religion ou les études : « La famille avant l’or et l’argent […] Évite la fumette, moi-même je suis tombé dedans tôt ».
La mixtape se distingue aussi par plusieurs featurings notables. Aux côtés du polémique Freeze Corleone, d’abord, sur un titre drill où les deux rappeurs se livrent à un passe-passe efficace au refrain. Avec Tiakola, ensuite, sur « Les diamants de Bokassa », où l’ex-membre de 4Keus déploie son aisance mélodique. Sur « R9 », enfin, Ninho s’associe à son ami Gaulois, rappeur de Nanterre, et à Kaneki, jeune artiste de l’Essonne déjà présent sur plusieurs collaborations. Le projet se conclut sur un morceau aux placements inattendus, à la fois grandiloquent et sensible : « Je suis comme une goutte d’essence sur la braise / J’ai tout gagné j’ai rien célébré / Nuage de d’amnesia / Avant la fin j’ai tout essayé ».
Déjà accusé d’un manque de renouveau sur son précédent opus, malgré sa salve impressionnante de hits, le rappeur ne devrait pas échapper aux mêmes reproches avec M.I.L.S 4. Les seize titres, pour la plupart très calibrés, peinent à surprendre.
Reste une question centrale : a-t-il encore besoin d’étonner pour réussir ? Sur cette nouvelle mixtape, Ninho se montre aussi efficace qu’il a toujours su l’être, aussi bien dans ses variations de flows que dans l’énergie brute qu’il parvient à transmettre. Un talent maîtrisé qui continue d’expliquer sa capacité à enchaîner les succès. Difficile, dès lors, de ne pas voir dans M.I.L.S 4 une (possible) conclusion réussie d’une saga mythique ayant participé à faire du rap français ce qu’il est aujourd’hui.
Ninho M.I.L.S 4 (Rec 118) 2026
RFI MUSIC
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