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Fatou Guinea, l’humour au parfum métissé

nfluente diaspora (4). Suivie par 750 000 abonnés sur Instagram grâce à des mini-sketches d’actualité, la comédienne franco-guinéenne envisage de faire un « Africa Tour » pour rencontrer son public.

Pendant plus d’une heure de discussion, elle ne baissera pas le regard. Tête haute, comme ses convictions. La voix cassée, elle parle à l’instinct, en enchaînant les punch lines. A 25 ans, Fatou Guinea affiche une assurance déroutante. En cette fin de matinée, la jeune femme est arrivée dans les nouveaux locaux du Monde en mode décontracté, arborant un pantalon de treillis et un pull bouffant où est dessiné le Coyote des Looney Tunes pourchassant Bip Bip.

En deux ans, Fatoumata Kaba, plus connue sous le nom de Fatou Guinea, a explosé son compteur Instagram, passant de quelques milliers d’abonnés à près de 750 000 aujourd’hui. Elle doit sa soudaine notoriété à de petites vidéos comiques sur Internet qui se sont répandues comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Donnant la réplique à l’humoriste du web Tonio Life, c’est surtout avec sa mère qu’elle a fait un carton. Dans des sketches courts filmés en selfie, elle l’interroge, d’un ton sarcastique, sur l’actualité ; la « daronne » (qu’on ne voit jamais) lui répond façon sniper avec un fort accent guinéen.

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Fatou Guinea, c’est donc son nom de scène digitale, clin d’œil à la terre natale de ses parents. Et une manière aussi d’affirmer son « identité »« Petite, quand je disais mon prénom, on rigolait. On me surnommait FFF comme Fatou, Flinguée, Fatiguée », se souvient-elle. La Guinée a une importance capitale dans l’existence de cette jeune influenceuse née dans une famille de la classe moyenne à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Et pas seulement parce qu’on ne parlait que malinké à la maison. Pour la comprendre et saisir le sens qu’elle veut donner à sa carrière qui débute, il faut remonter à son premier voyage en Afrique de l’Ouest. Elle a 13 ans quand elle découvre le pays de ses origines. Dans sa famille du « bled », on l’appelle alors « la Française ». Ça l’énerve, car dans son esprit, elle est Guinéenne. « J’étais en crise identitaire », reconnaît-elle.

Réactions violentes

A cette époque, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, qui a créé le controversé ministère de l’immigration et de l’identité nationale (dissout en 2010), continue de s’en prendre à la banlieue. « J’ai grandi dans une ambiance de cité, il se passe alors des trucs de dingue dans ma tête. Je me sentais rejetée, je me disais qu’on ne m’acceptait pas mais je n’étais pas en guerre contre la République », explique-t-elle. A Conakry et à Kankan, elle est sensible à l’accueil du pays, touchée par la bienveillance de ses cousines, « elles qui arrivent à vivre sans le Nutella », lâche-t-elle en rigolant. A travers le second degré, Fatou rend hommage à ces parentes vivant « dans une réalité qui n’est pas la mienne. Moi, j’ai toujours été dans un cocon. Je les respecte, elles sont des exemples pour moi, des icônes même ».

Elle prend conscience du manque de liberté des femmes, cantonnées aux tâches ménagères. Les cousines lui demandent de leur raconter la France, Fatou sent bien un peu d’« envie » dans leur voix. Elle est, surtout, révoltée par l’attitude d’une partie de la diaspora qui « prend de haut » les Guinéens lors de leurs vacances. « Ça vit grâce à la CAF [Caisse d’allocations familiales] et ça fait les beaux là-bas. Vous voulez leur prouver quoi ? », ironise-t-elle. Elle dit avoir finalement compris qu’ils « souffraient » dans leur identité, pas comme les Guinéens du pays.

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Ce voyage, dit-elle, a transformé sa vie et l’a façonnée aussi en lui permettant de savoir qui elle était : une Française d’origine guinéenne. Aujourd’hui, à travers ses « stories » humoristiques, elle met en avant ses racines et cherche à servir la diaspora au passage. « Qu’on soit connu ou pas, on la représente toujours, avance-t-elle. J’ai aussi voulu m’appeler Fatou Guinea parce qu’elles sont où les femmes guinéennes qui font de l’humour en France ? »

Dans ce monde connecté et métissé, son ironie au parfum africain suscite parfois des réactions violentes. Il y a quelques mois, elle a réalisé une série de sketches avec un ami nommé Samir : elle la « Renoie » et lui le « Rebeu » d’origine marocaine ont mis en scène, sur le web, une vie de couple. « On n’a pas arrêté pas de se faire insulter par une partie de nos deux communautésMoi, je suis un singe, on est une bande de violeurs. Lui, c’est un Beur à Kehl (Noir en arabe), s’indigne-t-elle. Ce qui me choque, c’est cette minorité qui se plaint du racisme et qui est elle-même raciste. Elle est en crise identitaire. Moi, je suis fière d’être noire. »

« Venez on se fait vivre »

Avec Samir, ils ont dénoncé ces attaques sur les réseaux sociaux et, en retour, Fatou assure avoir reçu une « grosse vague » de soutien : « J’ai vu des couples rebeus-renois s’afficher sur leurs réseaux, d’un coup, c’était moins tabou. Certains m’ont dit “Merci grâce à toi, on est décomplexés. » Mais ce n’est pas ainsi qu’elle conçoit le rôle de la diaspora : « Venez on avance, préfère-t-elle lui dire, qu’on arrête de se torpiller et de perpétuer cela en l’inculquant aux jeunes générations. Il y a des gens qui nous voient tous pareils, alors venez, on se fait vivre. » Elle veut donner l’exemple tout en encourageant les vocations.

Le Covid-19 a contrarié un projet qui lui tenait à cœur, celui de réaliser un Africa Tour qui avait pour but d’aller à la rencontre de ses abonnés sur le continent. « Je suis beaucoup suivie au Sénégal, en Côte d’Ivoire et en Guinée, explique-t-elle. On prend leur argent sans jamais leur dire merci et savoir qui ils sont. Moi, je veux aller les voir pour leur demander pourquoi ils me suivent et qu’ils me racontent leur histoire. »

La jeune Fatou vit de son image et de contrats avec des marques. Avec une condition : « Je viens comme je suis. Elles ne me demandent pas de changer et je peux refuser un cachet si elles ne respectent pas ma communauté. Les principes avant l’argent. » A 25 ans, elle ne se laisse pas marcher sur les Vans. Le monde du petit écran comme du cinéma l’ont remarquée. Fatou Guinea va jouer dans la saison 2 de Validé, une série Canal+ sur le rap ; elle a obtenu aussi un rôle dans La Brigade, le prochain film de Louis-Julien Petit, au côté de François Cluzet. Cette fiction raconte l’histoire d’une migrante, un sujet qui la touche. Et une façon encore de dire : « Venez, on ne s’oublie pas. »

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A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de Publication de ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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