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Ibalba: « le théâtre guinéen est malade… » (Exclu)


INotre Rédaction a rencontré récemment le célèbre Comédien guinéen, Ibrahima Alseny Bangoura connu sous le nom « Ibalba ». Lisez l’intégralité de notre entretien!

Veuillez-vous présenter à nos lecteurs

Je suis Ibrahima Alseny Bangoura, mon nom d’artiste est Ibalba. Je suis comédien, Auteur dramatique, je m’essaie aussi en mise en scène. Technicien en Télécommunication spécialisé en Technique de Diffusion et de Traitement de l’Audionumérique. J’ai travaillé dans certaines radios de la place comme technicien et depuis 2010, je suis avec l’ONG Américaine Search for Common Ground Guinée comme Scriptwriter, puis producteur d’émissions radio et télé. Ensuite, chargé de projets médias en région forestière, Art & TV Productions Manager, et aujourd’hui Responsable chargé de Formations, Communication et Sensibilisation. Je suis marié père de 2 garçons.

Quel est votre parcours culturel?

C’est vrai depuis à bas âge, je me souviens, j’avais un penchant pour la chose culturelle. J’aimais écouter de la musique, de la poésie, les émissions ‘’Belle Lettre’’ à la radio et ‘’Papier Plume Parole’’ à la télé. J’étais souvent séduis par la diction et la lecture était mon fort à l’école. C’est seulement en 1997 par le truchement d’un ami qui m’avait entendu lire et qui m’avait proposé d’adhérer à la compagnie Ahmed Tidjani Cissé. Les 3 années passées avec les comédiens de cette compagnie m’ont permis d’avoir le béat bas de ce métier, de l’aimer davantage. La distance de mon domicile aux lieux des répétitions et le manque de soutien pour être réguliers aux différentes rencontres de la compagnie m’ont amené à rester à la maison et à me mettre à écrire ce monde tel que je le sentais, à dépeindre autrement l’environnement social tel que je le pensais et à créer des scénarios que je couchais sur papier.

C’est autour donc de l’une de ces pièces de théâtre intitulée ‘’La Justice en larmes’’ en 2000 que j’ai décidé de fonder notre propre compagnie « les conseillers africains de Guinée’’ qui est devenu plus tard « Nimitè Théâtre de Guinée’’ avec la complicité d’un grand frère Ismael Bobo Sylla et plein d’autres. Depuis lors, nous avions participé à plusieurs grandes rencontres artistiques en Guinée et ailleurs (Rencontres théâtrales de Conakry avec feu Abdoulaye Fanyé Touré, Evènement Femmes et Théâtre avec Juliette Florence Bangoura, Festival de Théâtre de Guinée avec l’Agence culturelle Festi-Kaloum, Festival Kiini Afrika avec la compagnie Ahmed TidjaniCissé, Festival International de Théâtre et des Arts Plastiques avec le Centre culturel Africain au Togo, Festival de Théâtre de Kaolack au Sénégal, Festival Sénégalais du théâtre forum à Yarakha Dakar au Sénégal, nous avions bénéficié d’un soutien du Service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France en Guinée pour participer en 1999 au plus grand festival de théâtre au Monde à Avignon en France,…).

En 2010 j’ai intégré l’ONG Internationale Search for Common Ground comme Scriptwriter c’est-à-dire le concepteur des messages de sensibilisation. Globalement depuis cette date je suis auteur de quelques pièces de théâtre tel que : ‘’Ex-scission où la pratique d’un passé qui nous divise’’, ‘’Point de Presse par Excellence’’, ‘’Tommy ?’’ ‘’Le Calvaire’’, ‘’Les Impolygames’’, ‘’ Laissez-moi partir’’ et ‘’Il faut sauver le soldat’’. Les trois derniers sont en chantier.

Justement parlant de calvaire, vous l’aviez représenté récemment au Petit Musée à Conakry. Pourquoi ce concept et qu’elle est sa portée ?

Oui c’était une création de la Compagnie Nimitè Théâtre de Guinée en collaboration avec ‘’Le Petit Musée’’ de la Minière. Je précise que depuis 2011, j’ai démissionné dans cette compagnie avec laquelle nous avons des relations de travail parce que mon service collabore avec elle pour la production des émissions radio et télé et pour la réalisation du théâtre participatif dans les communautés.

Pour revenir, le Calvaire est une pièce de théâtre qui retrace l’histoire de 4 jeunes qui rêvent poursuivre leurs études en Occident. Devant une Ambassade, ils se retrouvent devant un gardien qui s’interroge sur leur départ, et qui leur fait subir toute sorte d’humiliation afin de connaitre les réels mobiles de leurs « ambitions ». De là, s’improvise un débat qui met à nu la problématique de l’immigration et propose quelques pistes de solutions pour y remédier.

La rencontre de la minière était le lancement d’une tournée de sensibilisation dans les universités guinéennes. Le style étant ‘’le spectacle débat’’, cette tournée devra permettre aux étudiants de prendre conscience afin de promouvoir l’immigration régulière et bannir celle clandestine. C’était tout un plaisir pour moi de savoir que cette pièce peut contribuer en cela.

Avez-vous présenté d’autres pièces à part le « Calvaire »? Si oui, lesquelles ?

Au public c’est la 3ème pièce après « La Justice en Larmes’’ qui est devenu ‘’Ex-scission’’ quand j’ai réécris, il y a eu aussi ‘’Point de Presse Par Excellence’’ qui a fait du succès dans le milieu théâtral guinéen.

Redécouvrez « Point de Presse Par Excellence »

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Quelle est votre lecture sur le théâtre guinéen?

Le théâtre guinéen est malade

Le théâtre guinéen est malade, qui n’est même pas convalescent donc, qui peut s’éclipser bientôt même s’il faut reconnaître par endroit les efforts que fournissent certaines structures privées. Aujourd’hui, à l’heure des arts dits pluridisciplinaires, le théâtre a pour mission principale de créer un miroir social, un reflet plus ou moins caricatural de la société ; le théâtre permet de mieux comprendre la vie, notre environnement et de mieux dénoncer les failles de notre société. C’est un miroir tendu à la nature. Au théâtre, le spectateur, comme l’acteur, vient chercher une réponse, se construire une identité. Le théâtre c’est aussi cet outil qui développe l’intellect de l’enfant, le forme et lui donne l’expression facile. Il est aussi un divertissement, sans autre objectif que de changer les idées à ses spectateurs. Connaissant toute cette importance du théâtre, pour compléter la réponse à votre question, le théâtre guinéen se porte mal et très mal d’ailleurs. Et tant que l’Etat à travers son département technique ne prend pas de dispositions pour mettre des moyens à la disposition des hommes de théâtre et aussi de créer des espaces conformes à cette pratique, le théâtre se portera mal. Il se portera encore plus mal tant que les hommes de théâtre dans toute sa diversité ne prennent pas conscience de leur état, de la perception que l’état a de leur métier. Il faut que nous sortions de notre mutisme chronique. Tant que nous ne réfléchissons pas pour faire de notre théâtre un théâtre qui intéresse nos communautés, quipeut aussi nous rapporter, eh bien, personne ne nous prendra au sérieux et on demeurera des bons à rien qui viennent juste pour amuser les autres et mourir pauvres comme des rats d’église ou de mosquée.

Merci de répondre à nos questions

C’était un plaisir. Merci à vous et à toute votre équipe pour le travail si noble et si responsable que vous faites pour le rayonnement de la culture guinéenne.

Interview réalisée par Syta Camara

www.afroguinée.com

 

 

 

A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de Publication de ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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