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Macaire Etty, Président de L’AECI : « Le livre doit vivre malgré la crise »

Après le grand confinement lié à la pandémie du COVID-19, le dé-confinement vient à pas feutrés, relancer un à un tous les pans de la vie littéraire Ivoirienne qui avait été mise en état de veille.

Après les dédicaces éclatées du mois de février et la sortie des écrivains dans la forêt du Banco, l’Association des Écrivains de Côte d’Ivoire (AECI) a  procédé à sa Rentrée Littéraire le 24 avril dernier au Centre National des Matériels Scientifiques (CNMS) à Cocody Saint-Jean. Son Président Macaire Etty dévoile dans l’interview qui suit, les contours de cette rentrée littéraire.

Président Macaire Etty, pouvez-vous à présent pousser un ouf de soulagement et dire que le Coronavirus est maintenant derrière nous et que toute la vie littéraire peut reprendre son cours normal ?

Il faut être prudent avec ce virus qui ne s’est pas encore laissé cerner par nos chercheurs en sciences médicales. Même si la vie littéraire peut reprendre son cours normal, cela ne signifie pas que le coronavirus est derrière nous. Les chiffres officiels nous invitent à être sur nos gardes et les débats sur l’efficacité du vaccin ne sont pas rassurants. Dans le champ de la littérature, si les activités de groupe ont été mises en berne, la littérature, elle, continue de vivre par ses démembrements naturels que sont l’écriture et la lecture qui ont la particularité d’être des actes solitaires. À cela, il faut ajouter que grâce au net, des activités littéraires comme des panels, des conférences ont lieu par vidéo conférence. La littérature c’est le champ de la liberté ; elle ne s’est jamais laissé confiner totalement. Elle s’adapte et se renouvelle selon les circonstances.

La rentrée littéraire est le signe que le livre doit vivre malgré la crise sanitaire

Cette longue période de confinement a-t-elle été bénéfique pour les écrivains ? Ont-ils su en profiter pour enrichir la production littéraire ivoirienne ?

Je pense que oui ! La période de la peur des premiers jours de la pandémie passée, les artistes et les intellectuels avaient besoin de questionner le phénomène ; ils avaient besoin de réfléchir sur la fragilité de l’homme et les limites de la science. Cela a donné certainement lieu à des écrits, à des productions dans tous les domaines de l’art. Les périodes d’épreuves sont des périodes de grandes réflexions et d’inspiration. Personnellement, mon clavier a été mis à rude épreuve. Je n’ai pas écrit sur la pandémie mais j’ai profité du confinement pour faire avancer des tapuscrits en souffrance. Je pense que c’est ce que la plupart ont fait. Des livres continuent d’être écrits et publiés même et surtout en période de confinement.

Justement cette rentrée littéraire du 24 avril dernier avait pour thème LA RESILIENCE LITTERAIRE AU DEFI DE LA PANDEMIE A COVID19, éclairez-nous un peu sur le contenu de ce thème.

Le professeur Francis Ekoungoun a accepté de développer ce thème lors de la rentrée littéraire. Retenons simplement en gros qu’il a été question, de questionner la posture de l’art littéraire face à un monstre comme la Covid 19.

Le comité d’organisation avait souhaité que tous les participants portent des tenues de couleur blanche et un accessoire de couleur rouge. Pouvez-vous nous en dire plus sur le choix de ses couleurs ?

La signification des couleurs est comme vous le savez conventionnelle et arbitraire. En outre, elle connait une variation d’une sphère culturelle à une autre. Dans le cas spécifique de cette rentrée littéraire, la couleur blanche évoque, dans notre entendement, la pureté, la paix, voire la victoire, pendant que la couleur rouge renvoie au danger. Nous avons souhaité que le blanc domine le rouge (qui est ici le symbole du danger que constitue la Covid 19) comme pour dire que la littérature prend toujours le dessus sur la pandémie. Cette rentrée littéraire traduit le triomphe de la littérature face au monstre de la Covid 19. Nous avons donc convenu que tous ceux qui viendront à cette rencontre qui est ouverte à tous acceptent de jouer le jeu. La couleur blanche doit vraiment dominer le rouge quelle que soit la tenue.

Quel était le menu de cette rentrée littéraire en plus des communications ?

Il y a eu la remise du Prix Régina Yaou de Nouvelles qui est à sa troisième édition. Cette remise n’avait pu se faire en 2020 en raison de la pandémie. Nous avons procédé aussi à la distinction des journalistes culturels qui promeuvent le livre. Il faut les encourager car dans un univers où tout est politique, sport et musique, très peu de plumes et d’espaces sont consacrés au livre. Nous avons distingué 12 journalistes. À notre prochaine activité, nous allons distinguer d’autres promoteurs de livre. Cela est vraiment important pour nous.

A cette rentrée littéraire, on a noté la présence de la journaliste Agnès Kraidy et du professeur Jean-Francis Ekoungoun. Pouvez-vous nous citer d’autres personnalités qui avaient été présentes ?

La célèbre journaliste et écrivaine Agnès Kraidy a accepté de nous faire l’honneur de présider la cérémonie pendant que le Prof Ekoungoun était chargé de nous faire une communication. À l’AECI, on a l’habitude de solliciter les personnalités du monde universitaire et littéraire pour présider ou parrainer nos cérémonies. Cette cérémonie a été placée sous le parrainage artistique de l’écrivain Tiburce Koffi. Nous n’avons pas invité spécifiquement des personnalités politiques ou administratives, mais nous avons été heureux de les accueillir. La littérature est un lieu d’ouverture et de partage.

 Le Docteur Raymonde Goudou Coffie vient de quitter la tête du Ministère de la Culture après plus d’une année ; a-t-elle vraiment impacté le secteur du livre et de la littérature ? L’AECI et le ministère en son temps avaient-ils des rapports étroits ?

Je pense qu’elle n’a vraiment pas eu le temps de faire ses preuves. Dans ce cas, le verbe « impacter » ne saurait être convoqué. Vous demandez si nos rapports étaient étroits ? Pour être sincère, nous n’avons pas eu vraiment de rapports. Nous avons demandé une audience dès qu’elle a été nommée, mais nous n’avons jamais eu de suite. Pendant le temps qu’elle est a été notre ministre de tutelle, elle ne nous a jamais reçus.

Quels commentaires pouvez-vous faire de la nomination de Madame Arlette Badou N’guessan Kouamé comme ministre de la Culture et de l’Industrie des Arts et du Spectacle ?

Je voudrais faire deux commentaires. Primo : notre ministère a été amputé de la Francophonie. Pour un Ministère qui n’a jamais vraiment compté dans les priorités de nos gouvernants, l’amputer de cette branche c’est l’affaiblir simplement. Deuxio : La culture est un secteur qui demande de la passion. Je ne sais pas si la nouvelle ministre brûle de ce feu.

Dans le mois de mai 2021 est prévu (en principe) le Salon International du Livre d’Abidjan (SILA), le Commissaire Général dudit Salon, Anges Félix N’dakpri est détenu depuis plusieurs mois à la MACA, quelle est la réaction du Président de l’AECI que vous êtes face à cet état de fait ?

 Évidemment, cette arrestation a choqué les acteurs de la chaîne du livre. Nous avons avec les éditeurs ivoiriens et internationaux condamné cette détention par des communiqués et déclarations. Nous ne sommes pas autorisés à lui rendre visite, mais nous avons rendu visite à son épouse et ses enfants envers lesquels nous avons exprimé notre solidarité.

En commentaire au communiqué de l’AECI invitant les écrivains à manifester un élan de solidarité envers le Président Anges Félix NdaKpri et l’écrivain Camara Loukimane, M. Maurice Bandaman (ex-ministre de la culture ex-président de l’AECI), a affirmé que les concernés n’ayant pas été arrêtés pour leurs activités d’éditeur ou d’écrivain, ils ne devaient pas, en conséquence, bénéficier de la solidarité de l’AECI. Il a même dit que l’AECI devait rester à l’écart de cette histoire qui relève de la politique. Un mot ?

Franchement, j’ai été attristé par cette réaction de mon illustre confrère et aîné. Si un écrivain décède, au moment où il joue au foot, par exemple, ne devons-nous pas soutenir sa famille parce qu’il n’a pas succombé lors de ses activités littéraires ? Nous sommes des écrivains et nous devons nous soutenir mutuellement lorsque l’un de nous est en détresse. Ce que nous devons regarder c’est son statut. Si on veut voir si c’est dans le cadre de ses activités littéraires qu’un malheur l’a frappé, on va s’éloigner de notre devoir de confraternité et de solidarité. Que la politique n’écrase pas l’étincelle en nous. Je profite de cette lucarne pour remercier les écrivains et tous ceux qui se sont associés à nous pour exprimer notre soutien à la famille de nos amis. Je salue particulièrement les écrivains ivoiriens de la diaspora. Ils ont tous réagi positivement et cela a réconforté le Bureau de l’AECI.

Le Salon International du Livre d’Abidjan (SILA) pourrait-il se tenir dans de telles conditions ?

Je crois que non. Nous sommes déjà en avril alors qu’il a lieu traditionnellement en mai. La tutelle aurait pu nous réunir pour voir avec elle ce qu’il y avait lieu de faire face à cette situation. Ensemble, nous sommes plus intelligents. Deux ans sans le SILA c’est difficile à supporter. Par ailleurs, la crise sanitaire n’a pas encore fermé sa terrible parenthèse. Et puis avec le commissaire du SILA ne prison, je me demande : les éditeurs seraient-ils motivés pour aller à un Salon ? Bon, c’est juste une interrogation.

 Président Macaire ETTY, nous sommes au terme de cette interview, avez-vous un dernier mot ?

Je remercie tous les écrivains, les acteurs et amis du livre qui ont fait le déplacement à cette Rentrée Littéraire qui était ouverte à tous. Nous l’avons l’organisé modestement en tenant compte de la réalité de la pandémie. Ainsi, nous avons veillé au respect des mesures-barrières : distance physique d’un mètre entre les participants et port obligatoire de cache-nez.

Merci !

Interview réalisée par SOUSSOY d’Ébène, pour Afroguinée.

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