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Les 72H du Livre annulé , les activités livresques en berne à Conakry…

Exposition de livres lors des 72 heures du livre de Conakry. Crédit photo: Alfa Diallo / voicesofyouth.org/fr/

La pandémie du Covid-19 a des graves conséquences socio-économiques et culturelles dans le monde entier. En Guinée, le secteur culturel est l’un des plus affectés par la crise sanitaire. En raison de sa vitesse de propagation, la quasi-totalité des activités culturelles ont été annulées pour préserver la santé publique. Comme de nombreux événements, Les 72 heures du livre ont payé les frais du nouveau coronavirus.

Pour cette 12e édition, désormais reportée à l’année prochaine en 2021, le manque à gagner est énorme, tant chez les organisateurs que chez les acteurs du livre, voire pour l’économie guinéenne elle-même. Entre indignation et pertes économiques, c’est une véritable épée d’Damoclès pour les acteurs du secteur.

Une perte économique considérable pour l’ensemble des acteurs mais aussi pour la Guinée

Mohamed Camara, de l’édition l’Harmattan Guinée et l’un des organisateurs des 72 heures du livre, admet qu’aucune possibilité n’est envisagée désormais pour organiser l’édition de cette année : « Fin avril, nous avons constaté l’évolution malheureuse de cette pandémie en Guinée et dans le monde. Donc,  nous nous sommes concertés pour ajourner la 12ème édition des 72 heures du livre et la 1ère édition de RILAC (Rencontres internationales des Livres d’Afrique de Conakry) pour se projeter sur l’année prochaine. A cette allure, il n’est pas évident de trouver un agenda idoine d’ici la fin d’année 2020 », estime-t-il.

L’ensemble des secteurs étant fortement affectés par la pandémie du Covid-19, chez les acteurs du livre, c’est un coup dur à supporter et les manques à gagner sont énormes.  « Cette année, le secteur du livre sera profondément marqué. D’habitude, c’est une période faste en termes de recettes pour l’ensemble des exposants. Pour l’Harmattan-Guinée, depuis une dizaine d’année, le chiffre d’affaires pour ces trois jours à Conakry et à l’intérieur dans les villes invitées d’honneur, oscille entre 60 et 100 millions de francs guinéens », souligne Mohamed Camara.

Outre ces pertes de recettes prévisionnelles pour les acteurs du livre, il y a un manque à gagner considérable pour la Guinée : « D’habitude, en moyenne, c’est une centaine d’invités qui arrivent à Conakry. Sans compter le pays invité d’honneur, viennent en moyenne une quinzaine d’invités à Conakry, auxquels il faut ajouter la participation des éditeurs des 54 pays africains qui seraient tous hébergés dans les hôtels guinéens, et également tenir compte de tous les produits et services qu’ils allaient consommer », rajoute-t-il. Selon Mohamed Camara, les 72 heures du livre, c’est 50.000 visiteurs en moyenne et une cinquantaine de dédicace de livres.

Comme pour les organisateurs, l’annulation de l’édition de cette année a un impact négatif sur les ventes d’œuvres. Pour Mamadou Bailo Diallo, président de l’Association des Bouquinistes de Guinée, ce sont 60% de ses ventes annuelles qui tombent à l’eau. « Les 72 heures du livre représente 60% de ma vente annuelle. Ce que je vends durant ces trois jours est plus que ce que j’écoule durant le reste de l’année », explique ce bouquiniste.

Une production livresque en chute libre pour l’année 2020

Pour Fatou Niane Polneau, directrice des éditions SAEC, c’était l’occasion idéale pour marquer la sortie de nouvelles œuvres déjà éditées par sa maison. Malheureusement, le virus a eu raison des organisateurs. Impuissante face à une situation qui semble échapper à tout contrôle, elle dit : « Les 72 heures du livre sont une grande vitrine pour nous les éditeurs. C’est un grand événement pour nous qui sommes dans le secteur du livre. Cette année, on avait prévu la sortie de 6 à 7 nouveaux titres. On voulait profiter de cette occasion pour faire la promotion de ces livres en organisant des dédicaces, des signatures d’ouvrages, etc. Néanmoins, nous continuons à travailler, mais au ralenti, pour la publication des documents », indique-t-elle.

Halimatou Baldé, enseignante et auteure du livre, Les Martyrs de la Tradition, s’était fixée comme objectif de toucher un public plus large pour mieux véhiculer le message qu’elle porte dans son ouvrage, mais aussi, saisir l’occasion pour faire sa promotion : « Cela ne fait pas plaisir mais on l’accepte indépendamment de notre volonté. Je ne suis pas frustrée à ce point, mais j’aurai aimé que les choses se passent autrement. On peut sortir un livre  à n’importe quel moment, mais l’événement des 72 heures du livre était le mieux indiqué pour faire la promotion de mon ouvrage. Cela permettrait de mieux faire passer mon message et toucher un grand nombre de personnes en Guinée et aussi dans le monde à travers tous ces nombreux invités qui étaient conviés pour la circonstance », dit-elle d’un ton timide.

Pour l’heure, l’internet est le seul moyen pour cette femme de 30 ans pour faire la promotion de son livre, ajoute-t-elle.

Les 72 heures du livre est un salon qui dure trois jours pendant lesquels les professionnels du livre guinéens exposent leurs ouvrages. C’est également l’occasion pour les éditeurs de présenter toutes les nouvelles publications à la population guinéenne. C’est aussi une occasion pour les écrivains, les libraires, les bouquinistes et imprimeurs de présenter les meilleurs titres de leurs rayons.

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A propos Aboubacar

Journaliste et animateur radio. Directeur de Publication de ©Afroguinée Magazine, premier portail culturel et événementiel de Guinée-Conakry.

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