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Littérature : 17 questions à Mamady Koulibaly !

Mamady Koulibaly est un écrivain Guinéen auteur de plusieurs romans de fiction au nombre desquels nous citerons : La cavale du Marabout, Souga, Les exploits du Professeur Kounta, Mystère Sankolo, Confessions d’un libertin, tous parus aux Éditions l’Harmattan Guinée.

Il s’illustre aujourd’hui comme l’un des plus grands auteurs de polars (Romans policier) de l’Afrique de l’Ouest. L’Écrivain est analyste programmeur de métier. Son Roman policier « Le tueur en série de la cité perdue », un Roman de 85 pages publié également à l’Harmattan Guinée en 2017, est au cœur de cet entretien.

Entretien exclusif entre fiction et réalité !

Mamady Koulibaly bonjour, vous êtes ce que je pourrais être tenté d’appeler le policier de la Littérature Guinéenne, d’où vous est venu cet amour pour les Belles Lettres ?

Plusieurs facteurs ont contribué à façonner mon âme pour la chose littéraire : le milieu familial, l’école, la rencontre d’hommes et de femmes de lettres, etc. J’ai commencé par des lettres au collège et au lycée, puis, peu à peu, je suis passé au roman. Depuis la sortie de mon premier ouvrage, « Tounkan ou voyage au pays de la Teranga », en 2002, aux éditions Afric’essor, j’éprouve du mal à m’arrêter.

De métier, vous êtes analyste programmeur, mais vous ne faites que des romans policiers, n’y a-t-il pas une contradiction entre le métier que vous exercez et le genre littéraire auquel vous vous adonnez ?

Non ! La profession d’informaticien n’est pas du tout incompatible avec le polar. L’écriture naît de la passion. Ensuite viennent la planification et l’autodiscipline qui aident à rassembler des idées pour en faire plus tard un ou plusieurs livres.

Mamady Koulibaly, pour avoir écrit plusieurs romans policiers, vous avez certainement de sérieuses notions des procédures et des enquêtes policières. Où les avez-vous apprises ?

Je suis un pur produit de l’école guinéenne. J’ai appris des rudiments du droit pénal et du code de procédure pénale dans un de nos établissements d’enseignement supérieur où je prépare une licence en droit des affaires. Et j’avoue que cela m’aide à rendre les enquêtes vraisemblables.

Le personnage principal de votre Roman policier intitulé « Le tueur en série de la cité perdue », se nomme Souleymane. Comment avez-vous fabriqué ce personnage ?

Je l’ai fait en m’appuyant sur la conjonction de plusieurs circonstances. Le drame des migrants au large de la Lybie défrayait la chronique en même temps que la pratique de sacrifices rituels dans certains pays d’Afrique. J’ai fait en sorte que le personnage principal vive ces deux réalités. Le fait que Souleymane tue une, deux, trois personnes, fait penser à une série.

  »La cité perdue » qui représente l’espace dans lequel se déroule votre histoire semble être un lieu imaginaire, mais décrivez-nous quand-même cet environnement !

Un quartier où l’on manque de robinets à eau courante, où l’électricité est une denrée rare, où l’on ne mange pas toujours à sa faim, où l’on voit les signes d’une misère criarde, etc. C’est juste imaginaire !

Mamady Koulibaly, à lire attentivement « Le tueur en série de la cité perdue », on penserait que la cité perdue c’est bel et bien la Guinée. Qu’en dites-vous ?

Ce n’est pas toute la Guinée ! La cité perdue représente le quartier d’habitation de Souleymane, un quartier imaginaire qu’il rêvait de transformer en quartier prospère. Souleymane lui-même n’est pas issu d’une famille pauvre ; ce sont ses ambitions démesurées qui l’ont jeté sur la route d’Agadez avant de le conduire chez le géomancien Koro Sina.

 Vous écrivez un roman policier et Souleymane, le personnage principal de votre œuvre est un malfrat. expliquez-nous ce contraste ? Le personnage principal n’aurait-il pas dû être le policier ?

Tout dépend de l’angle sous lequel on se place. Souleymane agit dès les premières lignes et continuera à faire parler de lui jusqu’au point final. C’est presqu’un roman à structure verticale. Les enquêteurs n’entreront en action qu’après la commission des meurtres par le même Souleymane.

 Au début de votre livre l’ambition de Souleymane d’aller découvrir l’occident était inébranlable. D’ailleurs vous écrivez ceci à la page 13 : « jamais la propension à tenter le tout pour rejoindre l’hypothétique Eldorado européen n’avait quitté l’esprit de Souleymane. » Et pourtant après sa rencontre avec Koro Sina, ce dernier a fini par l’en dissuader. Qu’est-ce qui a pu changer entre-temps ?

Un seul désir lancinait Souleymane au moment de rencontrer le géomancien Koro Sina : faire la paix avec son oncle Kalé Modou et obtenir de l’assistance pour rallier l’hypothétique Eldorado européen ou américain par la voie légale. Malheureusement, il est tombé dans un piège.

Et Souleymane met une croix sur son ambition d’aller à l’aventure, pour se consacrer à des homicides en série d’où le titre du Roman. Qu’est-ce qui a engendré ce changement brutal chez votre personnage ?

Le géomancien Koro Sina lui a promis monts et merveilles, et, comme c’est bien souvent le cas, Souleymane a cédé à la tentation. Il a accepté de vendre son âme au diable. Comme par magie, quand il a tué la première personne, il est devenu riche et célèbre. De là, son désir de commettre les autres meurtres.

Peut-on dire ici que Philippe l’ami de Souleymane qui lui a conseillé de consulter Koro Sina le charlatan pour juste régler un problème familial, l’a conduit sur le chemin de la déperdition ? Puisque c’est sur instruction de Koro Sina que Souleymane est devenu finalement sanguinaire.

Philippe était de bonne foi en l’accompagnant chez Koro Sina. Cependant, l’enfer est souvent pavé de bonnes intentions, dit-on. Le diable rôde partout, il a fini par l’emporter.

À la page 31 de votre livre, vous écrivez ceci : « Il se rappelait sans cesse les mots de son maître d’école coranique : le fait que l’âme humaine soit sacrée, la punition promise à ceux qui tuent intentionnellement, etc. » Expliquez !

Souleymane est passé par l’école coranique où son maitre lui enseignait ceci : « L’âme humaine est sacrée. Celui qui tue intentionnellement un homme n’aura de rétribution que l’Enfer où il séjournera éternellement. Le Jour du Jugement Dernier, la victime viendra accrochant sa tête à l’une de ses mains, tenant fermement son tueur de l’autre, le sang giclant de ses veines jugulaires, jusque devant le Trône. Elle dira au Seigneur des mondes : « Celui-ci m’a tuée » Dieu dira au meurtrier : « Malheureux sois-tu ! » Et on l’emmènera au Feu.» Ces mots sont très forts pour un croyant. Et Souleymane y pensait sans cesse avant de commettre la  série de meurtres.

Sur la couverture de votre livre l’on voit un homme tapi dans les ténèbres, tenant un pied de biche. Expliquez-nous cette illustration.

L’image traduit un crime que le meurtrier s’apprêtait à commettre. La première victime a été tuée d’une arme contondante !

Sur la quatrième de couverture, vous avez écrit : « Tu ne tueras point. Enfin, sauf s’il est écrit dans les plis et replis mystérieux de ton front que tu dois verser du sang humain. » Qui a prononcé cette phrase et pourquoi ?

Ces mots sont de Philippe. Il les a prononcés, comme par prémonition, pour tempérer les ardeurs de Souleymane qui menaçait de venger deux de ses amis d’enfance fauchés en pleine rue par les balles d’un gang fuyant à bord d’une voiture non immatriculée.

Votre roman ne fait que 85 pages. Cela signifie-t-il que le Commissaire Youssouf et l’inspecteur Simakan ont très vite élucidé les meurtres commis par Souleymane ?

Non, pas vraiment ! Le meurtrier est, certes, connu du lecteur, mais pas des enquêteurs. C’est comme un film policier que l’on regarde. On voit le meurtrier commettre des meurtres et l’on s’attend à ce qu’il tombe dans les filets de la police. L’intérêt, ici, réside dans la manière dont la police constate l’infraction, relève les preuves, arrête le présumé infracteur et le met à la disposition de la justice.

Citez-nous trois thèmes que vous ébauchez dans ce polar renversant.

L’importance de l’éducation, la propension des jeunes à rallier l’hypothétique Eldorado occidental, la nécessité de nous mettre au travail pour construire notre propre bonheur dans nos pays respectifs.

Quelle leçon devrait-on tirer après avoir lu « Le tueur en série de la cité perdue » ?

Luttons de toutes nos forces pour vivre décemment, cela nous procurera un bien-être moral et matériel mérité tout en nous mettant à l’abri de certains ennuis.

Quels sont vos actuels projets de littérature ?

A court terme, rééditer un ou deux ouvrages pour tenir compte des critiques et suggestions de mes lecteurs. A moyen ou long terme, écrire un ouvrage sur la conception du système d’information ou publier mes recherches sur les nombres premiers qui me passionnent toujours.

Merci de nous avoir accordé cet entretien, Monsieur Koulibaly.

C’est moi qui vous remercie.

Interview réalisée par AKIN SOUSSOY d’Ébène pour AFROGUINEE

 

A propos Mohamed KOMAH

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